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Rumeurs
- Var a tourné le dos à son roi. Il parait que la déesse des Pactes préfère aujourd'hui les grosses faveurs de Frey !

- On dit que depuis que Tyr a pris les fonctions de son frère aîné, personne n'aurait encore osé lui proposer un coup de main .

- A Tromsø, on hésite à dire si la petite Brynja est maudite ou chanceuse, car après avoir manqué de se faire brûler vive par un dragon, elle a manqué par deux fois la noyade, dont une durant les raids !



 
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 [Terminé] Affronter l'inconnu.

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déesse de l'immortalité

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MessageSujet: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Jeu 25 Déc - 20:57

La lune régnait, maîtresse d’opale sur la bourgade de Midgard nommée Tromsø. Pour la première fois, Idunn foulait la terre des hommes. Pour la première fois, elle sentait son cœur battre d’une étrange impatience, d’un désir maintes fois contenu de découvrir enfin ce qu’elle avait si longtemps ignoré. Elle ne se blâmait pas pour cette faute. Car sans cette attente infinie, le plaisir n’aurait pas été aussi perceptible. Maintenant que les portes d’Asgard s’étaient rouvertes, que le Bifröst lui était de nouveau accessible, la déesse avait saisi sa chance. Elle n’avait parlé à personne de ce projet un peu particulier. Elle n’avait soufflé à quiconque son intention d’emprunter la passerelle ancestrale reliant son monde à celui des mortels. C’était son idée à elle, sa bulle d’intimité. Puisque les choses changeaient à une vitesse phénoménale, qu’elle ne savait plus à qui confier sa parole, qu’elle craignait le moindre jugement émanant de ceux qu’elle aimait, elle avait décidé de conserver ce secret en son âme et conscience. Et ne le regrettait pas. Oh bien sûr, une pointe de peur absurde s’était nichée dans sa poitrine. C’est qu’elle n’était jamais sortie d’Asgard, hormis durant sa période de captivité. Jamais elle n’avait, de son plein gré, ouvert les yeux sur une sphère différente de la sienne. Et malgré le village endormi, malgré les bruissements nocturnes des animaux qui n’osaient guère s’approcher des chaumières humaines, elle sentait déjà les odeurs, percevait l’atmosphère des lieux. En silence, sa silhouette marchait à travers les maisons dans lesquelles sommeillaient les corps fragiles, mais les âmes puissantes. Il était tard. Si tard que seules les respirations des dormeurs se faisaient entendre. Le moment idéal pour elle d’assouvir sa curiosité. Parfois, un élan presque enfantin lui ordonnait de rebrousser chemin, et de se réfugier sous l’aile protectrice de ses semblables. Il affirmait qu’elle n’avait rien à faire ici, que ce n’était guère là sa place.

Rentre. Rentre. Retourne dans ton cocon de verre auprès de ceux qui te déçoivent tellement. Retourne auprès du pommier qui attend encore après tes soins. Rentre.

Mais pourquoi aurait-elle dû rentrer ? Combien de dieux, comme elle, avaient cédé à ce besoin de savoir qui étaient ceux qui les portaient aux nues, qui chantaient leurs louanges et leur adressaient tant de prières ? Trop longtemps, Idunn s’était détournée du monde. De tous les mondes. Centrée sur elle-même, désillusion après désillusion, elle n’avait su vers quoi rebondir. Peut-être que cette escapade, certes cautionnée par Heimdall auquel elle avait demandé de respecter sa discrétion, n’était pour elle que le prélude à un nouveau chapitre de son existence. Il était temps d’avancer, de reprendre plus de courage pour affronter sa mère, affronter son époux. Vaincre l’incompréhension et l’indifférence, portée par la même vague de volonté et de fermeté. Elle n’était pas une guerrière, non. Elle s’était détournée de cette voie depuis des lustres. Néanmoins, le sang de Freyja coulait dans ses veines, et il en faudrait peu pour que ses élans combatifs ne remontent à la surface. Et toutes les guerres n’étaient pas à mener sur un champ de bataille…
Le couinement d’un chien la fit se retourner dans un sursaut. Elle rabattit le fragile voile qui recouvrait sa chevelure dorée, qu’elle avait rassemblé et qui reposait contre son épaule gauche. Elle comprit rapidement que l’animal n’était pas sur le point de l’attaquer. Néanmoins, il semblait évident que la bête ait compris qu’elle n’appartenait ni à cette communauté, ni à la race des hommes.

« Chut… Silence. »

La déesse porta son index à ses lèvres, avant de tendre la main pour effleurer l’une des oreilles du chien, délicatement. Elle ne souhaitait pas qu’il aboie, aimant demeurer silencieuse comme une ombre. Visiblement, il se tiendrait coi. Soulagée, Idunn reprit sa route, surveillant bien qu’aucune silhouette qui ne soit pas la sienne ne croise son chemin.
Elle n’eut pas autant de chance, lorsqu’au détour d’une rue plusieurs chiens se mirent d’ores et déjà à aboyer furieusement dans sa direction. Elle se figea, consciente qu’il ne faudrait pas longtemps avant que leur maître ne sorte s’enquérir de la raison de leur agitation. Elle cessa de réfléchir, et s’empressa de se faufiler plus prestement entre les murs des diverses maisons. Avec un peu de chance, elle pourrait se perdre dans un labyrinthe inédit, cessant de réfléchir, espérant mettre de la distance entre les aboiements et elle. C’était trop bête… La sérénité de sa contemplation venait de se briser en quelques instants. La peur faisait déjà son travail. C’était absurde. Étant une immortelle, elle n’avait que peu de choses à craindre… Pourtant, elle refusait de reprendre le chemin d’Asgard si vite.
Elle ne joua pas la carte de la témérité, et s’éloigna du plus gros des habitations. Revenir près de la forêt serait pour elle l’occasion de ne pas se faire repérer par n’importe quel résident de Tromsø. C’est alors qu’elle aperçut une chaumière, installée à l’écart. Idunn s’arrêta, caressant de ses prunelles céruléennes le fruit de sa curiosité. Pourquoi s’établir si loin par rapport au groupe ? Qui vivait donc ici ? Peut-être que cette disposition n’avait rien d’extraordinaire. Elle ne savait pas. Elle se trouvait inculte, terriblement ignare quant aux mœurs des mortels.

Son cœur battit plus fort, à nouveau. Mûe par l’envie d’en savoir davantage, elle trottina jusqu’à l’entrée, ses mains se refermant solidement sur les pans du voile qui encadrait son visage et la dissimulait, pour qui l’aurait aperçue de loin. Doucement, elle s’approcha encore, jusqu’à ce que ses doigts puissent se relâcher et toucher la paroi désagréablement rêche. Comme si elle souhait discerner par un mince interstice ce que contenait cette maison. Et pas une autre.


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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Ven 26 Déc - 19:07

[Post mal édité et perdu par erreur T_T *va se cogner la têtre contre un mur*]
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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Ven 2 Jan - 18:51

Rien. Rien ne se laissait discerner. Doucement alors, la déesse commença à longer le contour de l’habitation. Le souffle tremblotant, amusée par sa propre soif d’exploration, elle se redressa en apercevant un rai de lumière. Quelqu’un était éveillé à l’intérieur, elle en était sûre et certaine. Malheureusement, les aboiements qu’elle entendait toujours au loin venaient troubler sa joie naïve de toucher au but, après des semaines entières d’hésitation. Et si les chiens étaient lâchés ? S’ils la suivaient à la trace pour converger tous dans sa direction ? La satisfaction qu’elle éprouvait s’éteignit brutalement, comme l’on souffle la flamme d’une bougie. Elle n’aurait pas d’autre choix que de celui de fuir. Aux aguets, elle tourna la tête en direction du village, cherchant à évaluer la distance qui la séparait des bêtes mises en rogne par sa présence. Elles ne semblaient pas se rapprocher, non. Une chance pour elle. Encore faudrait-il que cette chance s’acharne à demeurer de son côté. Rien n’était moins sûr. C’est alors que, provenant de l’intérieur, des pas se firent entendre. Idunn recula un peu, ignorant comment réagir. Elle n’avait plus beaucoup de temps. S’il fallait accepter l’échec, ce serait dès maintenant qu’elle devrait se résoudre à partir pour rejoindre le Bifröst, toute honteuse de son expédition mise à mal par une poignée de vulgaires canidés.
La porte s’ouvrit, un peu plus loin. Reculée dans l’ombre, la déesse n’en était pas pour autant devenue invisible. Paralysée par le doute, elle avait préféré l’immobilisme, décidée à assumer les conséquences de son imprudence, espérant seulement qu’elles seraient minimes, et promptes à sombrer dans l’oubli. En effet, sa vanité n’aurait pas supporté une contrepartie trop importante. La lumière que contenait la maison se répandit sur l’herbe d’un vert riche. À seulement quelques pas du fruit de sa curiosité, son cœur s’était mis à battre avec une violence insoupçonnée. Ça y était. Elle était proche de toucher du doigt son objectif inavoué. Et si les jappements acharnés ne résonnaient pas ainsi dans l’air nocturne, elle aurait même pu sourire. De ce petit sourire de victoire qu’elle tenait de Freyja elle-même. Un homme avança. Seul. Elle aperçut son bras, une partie de sa silhouette visiblement raidie, dans l’attente d’un constat alarmant. Elle n’avait déclenché nulle catastrophe, non. Pas d’inquiétude de son côté à lui. Idunn se rapprocha de quelques pas, silencieuse. Il la remarquerait. Tôt ou tard.

Lorsque ce fut le cas, elle ne sursauta pas. Son visage demeurait impassible, ses yeux clairs dévisageant enfin pleinement les traits du premier humain auquel elle faisait face. Elle nota sa taille respectable, son air à la fois surpris et intrigué. Il s’était armé, s’attendant probablement à être attaqué. La déesse savait que son apparence innocente lui ôterait bien vite ce doute. Ses paupières battirent, les prunelles qu’elles couvraient se montrant plus perçantes quant à sa réaction. Toujours figée, drapée de sa droiture à laquelle elle ne dérogeait que rarement, elle nota le tutoiement qu’il employait et qui la fit frémir. C’était d’un exotisme fou. Un mortel la tutoyait. Elle dut mordre l’intérieur de sa joue de toutes ses forces pour s’empêcher de rire. Néanmoins, ses fossettes se creusèrent légèrement, trahissant toujours pour qui la connaissait une envie d’hilarité qu’elle refrénait pour respecter les convenances. Il l’invita à entrer. Elle le suivit du regard, continuant de garder le silence. Lorsqu’il disparut de son champ de vision, enfin, elle reprit sa lente marche vers le seuil, grimpant les quelques degrés qui la séparaient de l’entrée de la demeure modeste mais chaude et pourvue des nombreuses marques la liant à son propriétaire. En pénétrant au sein de ce foyer qui n’était pas le sien, Idunn prit soin de refermer le battant. L’humain pourrait avoir froid. On les disait plus sensibles que les divinités. Après avoir survécu aux froides cellules de Jötunheim, les températures de la terre des hommes ne l’effrayaient guère, mais il n'en était évidemment pas de même pour lui.
Ses mains firent glisser vers l’arrière son châle, dégageant sa chevelure pour enfin s’attarder sur la décoration des lieux. Ils sentaient le bois brûlé, ainsi que l’odeur de l’homme qui l’avait accueillie.

« Merci de ton hospitalité. »

Sa voix était plus claire et plus franche qu’elle ne l’aurait cru. Toutefois, elle reconnut en cela la logique : elle n’avait pas à le craindre, nullement. Ce constat lui plut. Elle s’était ainsi fait toute une montagne de cette première rencontre, qui ne promettait rien de moins que des moments agréables, en ce qui la concernait. Et au moins était-elle à l’abri de la meute, désormais.

« Je suis heureuse d’avoir épargné ton sommeil. Tu ne dormais pas… »

Ce n’était pas une question. Prenant plus d’assurance, au fur et à mesure que les secondes s’égrenaient, Idunn s’approcha du centre de la grande et unique pièce, levant la tête pour jeter un bref coup d’œil au plafond, puis sur la table, recouverte de tablettes runiques.

« Tu dois bien être l’un des rares. Quelle est ta fonction ? »

Discrète, la déesse rejoint la proximité de l’âtre, attirée par les flammes qui conféraient à la scène une ambiance des plus appréciables, tranchant avec l’obscurité glaçante du dehors.


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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Sam 10 Jan - 0:30


L’inconnue s’était décidée à le suivre. Tandis qu’elle entrait et refermait la porte derrière elle, pas un seul instant il ne la quitta des yeux, scrutant le moindre de ses gestes, la moindre expression. Quelle étrange visiteuse. Évidemment, les individus à l’esprit envahi de questions venant quérir ses bons conseils sous couvert de la nuit n’étaient pas si rares. Pourtant, la plupart partageaient quelques éléments de comportement identiques, dont la volonté de vouloir en finir rapidement concernant leur entrevue avec un marginal plus toléré qu’apprécié. Ici, il n’en était rien. La demoiselle prenait son temps, semblait observer ce qui l’entourait, comme une étrangère découvrant une terre inconnue. Comme quelqu’un guidé par la curiosité. Un sentiment auquel il était pour le moins accoutumé, et à propos duquel il était le mieux placé pour comprendre.

Lorsqu’elle libéra sa chevelure dorée du châle la retenant, un picotement remonta le dos de Njall. Quelle était cette sensation ? Un avertissement ? Plutôt un étonnement. Cette demoiselle était belle. Tout simplement. Belle, cela semblait un qualificatif presque banal. Mais ici, il n’usait nullement de ce qualificatif au sens qu’on pouvait attribuer pour les femmes du Nord au charme sauvage, ni même pour l’exotisme rafraîchissant des étrangères. Non, il s’agissait là d’une beauté rare, presque irréelle. Onirique pouvait être le mot. De toute évidence, l’inconnue n’était pas de la région, l’érudit n’aurait pu oublier pareille prestance. Déjà, son esprit s’illuminait, reléguant dans un recoin ses anciennes recherches pour se concentrer sur ce nouveau mystère : qui était-elle ? Une question bien plus légère que les secrets des passages cachés entre les mondes, mais tout aussi intéressante.

Elle le remercia de l’accueillir, et à cela il se contenta d’un simple et discret signe de tête en guise de réponse. L’hospitalité était une vertu pour tout nordique, et lui-même se faisait un devoir d’être un hôte des plus agréables. C’était peu de choses, quelques sourire et le gîte afin de palier à sa mauvaise réputation. Néanmoins, lorsqu’elle la demoiselle reprit la parole, un léger rire s’échappa des lèvres de Njall, qui précisa :

"Le sommeil est une perte de temps à mes yeux. Il y a tant d’autres choses à faire, à découvrir, à comprendre… Mais mon corps est malheureusement loin d’être insensible à la fatigue."

C’était là une des nombreuses choses qu’il pouvait envier aux immortels : logiquement, ceux-ci devaient être libérés de toute contrainte physique, non ? Étaient-ils libérés du sommeil ? Peut-être ne dormaient-ils plus que pour le plaisir, et non par besoin physiologique ? Quelle chance pour eux, si cela était le cas. Lui-même ne pouvait que maudire son enveloppe mortelle lorsque, après quelques jours d’expédition ou plusieurs nuits blanches d’étude, son corps le conduisait automatiquement vers les brumes oniriques.

L’inconnue continuait son observation des lieux, son regard s’attardant sur les tablettes de cire. Un simple regard, ou une véritable lecture ? Pouvait-elle les lire ? Nonchalamment, l’érudit se détourna vers le bureau et referma les tablettes, les empilant sur le côté, faisant de la place comme pour indiquer que son étude était en pause, maintenant que quelqu’un était venu à lui. Puis vint la première question. Enfin. Mais nul questionnement sur une mystérieuse inscription. Nul renseignement demandé sur un peuple lointain. Nulle interrogation sur une créature, une légende, un événement du passé. À la place, elle demanda simplement qui il était. Du moins, ce qu’il représentait au sein de la communauté, c’est ainsi qu’il le comprit. Njall fronça les sourcils puis s’approcha à son tour de l’âtre, s’y plaçant de l’autre côté par rapport à la demoiselle, face à elle. Il garda le silence quelques courts instants, la tête légèrement inclinée sur le côté, un tic trahissant sa curiosité et son amusement. Lorsqu’il répondit, ce fut avec un fin sourire, non pas un rictus déplaisant, non pas une expression de gentillesse pure. Un sourire joueur. Car cette magnifique énigme se tenant devant lui pouvait bien se révéler être son jeu d’esprit pour cette soirée.

"Il est étrange de venir me voir sans me connaître, sans idée de qui je suis, sans service particulier à me demander." Son regard se plongea dans la douce chaleur des flammes, avant de revenir sur son invitée. "Je suis Njall, fils de Kjeld. Érudit est le terme qui convient. Je me destine à percer tous les mystères, de ce monde et des autres. Au sein de Tromsø, ma valeur vient du savoir que je partage avec les miens car, en effet, ceux qui comme moi privilégient l’esprit sont rares."

Tout en se présentant, il s’inclina légèrement en guise de salut, les bras présentés paumes ouvertes sur les côtés. Une courbette qu’il aimait utiliser parfois, et nul ne savait si cela constituait une politesse ou une ironie exprimée à travers le corps. Beaucoup pensaient qu’il s’agissait des deux à la fois. Il se détourna finalement et, revenant à son bureau, attrapa l’un des fruits séchés qu’il englouti rapidement avec une rasade. L’encas de… quelle heure pouvait-il bien être ? Les yeux levés au plafond, il se posa un instant la question avant de décider que cela n’avait plus aucune espèce d’importance à l’heure actuelle. Une simple distraction pour un esprit cherchant à se dissiper. Il y avait plus important à penser. La visiteuse. La belle visiteuse. La mystérieuse visiteuse.

"Désires-tu quoi que ce soit ? Nourriture, boisson ?" Il parcouru les rayons d’une étagère remplie d’écrits gravés sur des morceaux d’écorces, puis revint à la demoiselle. "Si moi-même je désire bien une chose à cette instant, c’est en savoir plus sur toi. Puis-je connaître ton nom, et la raison de ta venue en ma demeure ? Beaucoup d’autres questions me traversent l’esprit, je dois l’avouer, mais je ne souhaite guère t’incommoder avec ma curiosité."

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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Jeu 12 Fév - 20:27

La déesse était loin d’être sotte. Elle lisait bien l’interrogation perpétuelle qui dormait dans le regard de son hôte. Une part d’elle s’amusa à penser qu’elle pouvait bien se dissimuler à ses yeux, feindre la mortalité en inventant une histoire à dormir debout qu’il serait bien contraint d’avaler. Toutefois, elle s’aperçut bien vite qu’une autre part trouvait cette idée inutilement cruelle, compte tenu de la bonne volonté avec laquelle il lui avait ouvert la porte. Après tout, sans lui elle aurait pu se retrouver en fâcheuse posture… Et il ne semblait pas mériter qu’elle joue ainsi avec sa crédulité. Mais comment l’avouer ? Comment mettre des mots sur cette vérité simple, cette visite extraordinaire d’une divinité à un humain comme lui ? Ses paroles la firent sourire. Elle comprit immédiatement ce qu’il voulait dire par là, et ne put s’empêcher de plaindre le temps impitoyable qui faisait naître ce peuple étrange pour mieux le reprendre, une poignée d’années plus tard. Les jours leur étaient comptés. La guerre, la maladie, les simples ravages causés sur ces fragiles organismes… Qui pouvait donc se permettre de gaspiller encore ses nuits au profit d’un repos frustrant et vide de connaissances ?

« Sache que tu as toute ma compassion. »

Au-delà de l’honnêteté claire et profonde qui émanait de sa réponse, elle y rajouta une pointe de tendresse insoupçonnée. Elle devina son acharnement, son amour de la culture et de l’apprentissage. Quelque chose en lui la ramena malheureusement à Bragi, lui et sa volonté toujours intacte de se plonger dans ce qu’il savait faire de mieux. Son interlocuteur ne composait peut-être pas, mais elle lisait une détermination similaire qui la troubla autant qu’elle l’apaisa. Elle le regarda ranger ses runes sans s’y opposer, en profitant pour faire encore le tour de la demeure de ses yeux avides. Elle se sentait bien, ici. La douce chaleur y était probablement pour quelque chose, mais elle ne se sentait pas comme intrusive, en ces lieux. Comme si une vieille connaissance l’avait invité avec gentillesse pour faire sa connaissance. Rien d’étranger. Aucune bizarrerie parmi les sensations qu’elle éprouvait.
Il s’approcha d’elle. Idunn joignit ses mains contre son abdomen, dans une sage posture qui maintenait sa cape en place et, surtout, qui dénotait de l’attention pleine et entière qu’elle lui accordait, en attente de quelques éclaircissements. Elle ne sut interpréter correctement ce qu’elle lisait sur son visage. Il semblait satisfait. Mais pourquoi donc ? Elle-même sentait son esprit pétiller de vivacité, de plus en plus impatiente d’en savoir davantage. Il leva quelques voiles, et elle fut heureuse de pouvoir poser un nom sur ce visage taillé à la serpe. Njall.

« C’est un très beau nom. Pour une noble ambition. Ne crains-tu pas de finir enseveli par toutes ces choses à connaître ? »

Un érudit… Oui, cela lui allait bien. Elle se contenta d’un hochement de tête convenu face à la courbette, ne s’offusquant guère de ce que certains auraient pu prendre comme une ironie amère. Mais non. C’était elle qui foulait ce territoire inconnu. C’était à elle de se plier à ses mœurs. Du moins tentait-elle de suivre les règles de ce jeu bien plus plaisant que son quotidien morne et routinier. Njall disposait donc d’un statut différent de celui de ses comparses, ce qui ne le rendait que plus intéressant. La tournure de sa phrase la poussa à répliquer :

« Évites-tu donc la guerre ? Ou parviens-tu à concilier les… raids, aux côtés de tes runes ? »

Les Vikings étaient réputés pour leur maîtrise de l’art guerrier. Alors qu’en était-il de lui ? Une vie humaine était-elle capable de multiplier autant de talents, dans tous les domaines ? Si c’était le cas, l’estime qu’elle lui porterait n’en serait que plus florissante. Dans le cas contraire, elle aurait été bien aise de comprendre si cette position représentait une forme de disgrâce.
Distraite par sa proposition, Idunn s’apprêtait à refuser immédiatement toute offre de sa part, avant de se raviser. Elle était venue ici pour mieux connaître cette race qui n’était pas la sienne. Il serait malvenu de s’opposer à goûter au moins ce qu’il avait à lui servir.

« Pourquoi pas… Je prendrai quelque chose à boire. Selon ta convenance, je ne suis pas bien difficile. »

Et puis vint le moment qu’elle redoutait autant qu’elle l’attendait. Son visage se figea dans une expression presque méfiante. Souhaitait-il réellement en savoir plus sur elle ? Une fois qu’il aurait mis à son tour un nom sur son apparence, il ne converserait plus avec elle muni de ce naturel qu’elle appréciait tout particulièrement, malgré la déférence qu’il devait probablement réserver à tous ses invités de passage, sans distinction. Alors ? Mentir ? Avouer ? Son souffle devint plus rugueux lorsqu’elle expira, baissant les yeux pour observer le sol et les reflets qu’y dessinaient les flammes. D’une voix rendue basse par l’incertitude, elle murmura tel un mantra :

« J’ignore en partie la raison de ma présence ici. J’ai été… attirée. Attirée par quelque chose que j’ignore encore par de trop nombreux points. Attirée comme l’insecte par le feu. Je n’avais pas prévu d’entrer dans une maison, ce soir. »

D’un geste machinal, la déesse ramena sur une seule épaule la masse de ses cheveux d’or.

« Je ne voulais pas me faire repérer, là-bas. Alors je suis venue ici, à l’écart. C’est là que j’ai vu la lumière. »

Redressant la tête, ses iris retrouvèrent ceux du mortel.

« Je ne veux pas te mentir. »

Avouer. En partie.

« Je suis l’une des nombreuses filles d’Ivaldi. L’une des nombreuses filles de Freyja. »


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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Lun 23 Fév - 20:49


L’amicale réponse de la demoiselle sonna étrangement aux oreilles de Njall. Non pas qu’il mette sa sincérité en doute, loin de là, car les mots employés étaient chargés de vérité et de douces intentions. Mais « compassion » disait-elle ? Un terme des plus communs, et à cet instant une résonnance peu commune. Ce n’était pas le genre de choses qu’une simple viking lancerait à n’importe qui. Du moins, rares étaient celles à user d’un langage à la fois si simple et si soutenu. Mais après tout, n’était-il pas en quelque sorte lui-même une espèce rare ? Sans doute tirait-il de trop hâtives conclusions à partir de peu de choses. Mais s’il n’y avait que ça… Ce n’étaient pas que les mots. Tout en elle semblait aussi exotique que familier. Tout en elle semblait faire partie de son monde, et en même temps non. Semblables mais différents. Des origines culturelles similaires mais néanmoins aussi éloignées que le sommet d’une montagne avec les tréfonds de l’océan.

Njall se questionnait. Mais nulle véritable malice, nulle méfiance ou défiance, simplement un jeu d’esprit, un réel intérêt, comme un enfant se creusant les méninges devant une nouvelle devinette remarquablement tournée. La demoiselle se tenait juste devant lui, ancrée dans une posture à la fois sage et attentive. Comme une élève venant quérir les enseignements de son professeur. Le parallèle n’était pas si absurde que cela. Tout comme celui qu’elle fit avec la « masse de connaissance pouvant l’engloutir », comme une menace semblable à une catastrophe naturelle. Il accueillit néanmoins le compliment sur son nom d’un hochement de tête flatté, avant d’ajouter :

« Le savoir ne doit jamais être craint, car il est le salut des humains, le plus solide des boucliers, la plus tranchante des lames. Beaucoup d’esprits fragiles n’osent se plonger dans la connaissance, de crainte de sombrer. Évidemment, je ne suis pas de ceux-là. »

Contrairement à beaucoup d’autres, elle ne s’offusqua point de l’étrange courbette de Njall. Décidément, quelle étrange invitée se révélait-elle à chaque seconde… Les questionnements reprirent sur sa personne. C’était après tout logique : pour quiconque n’ayant pas connaissance de son existence, il était évident que de nombreuses interrogations viennent, surtout concernant ses talents guerriers. En effet, s’il dédaignait l’utilité de la force brute au profit de sa recherche de savoirs, sa mise au ban par ses congénères serait tombée sous le sens. Or, celle-ci ne venait que des craintes et absurdes superstitions envers la magie, mystérieuse énigme que beaucoup pensaient détenue entre ses mains. Et si l’érudit connaissait bon nombre de choses sur les sortilèges et enchantements, les user était, la plupart du temps, hors de sa portée. Tout au plus pouvait-il utiliser quelques rituels qui, si le lieu, la cible, le moment, le climat, le calendrier et les dosages étaient adéquats, pouvaient fonctionner. Autant dire qu’il ne se risquait que très rarement à une science si imprévisible.

« Avant toute chose, je suis un fils du Nord. Savoir défendre ma propre personnes ainsi que la communauté qui » Il chercha un instant ses mots. « Disons… me tolère, est une obligation. Participer aux raids pour épauler les miens et découvrir de nouvelles choses est un plaisir. Oh certes, je fais pâle figure face à certains colosses. » Il haussa les épaules avec nonchalance, pensant au puissant Thorolf dont il avait à de nombreuses reprises pu observer les exploits. « Mais je me défends tout à fait honorablement. Tant que mon adversaire n’est pas un troll, auquel cas je conseillerai à n’importe qui de fuir en priant pour que le jour vienne vite ! » Une mésaventure malheureusement familière pour lui. « Mais je digresse, je vais te chercher de quoi étancher la soif, une félonne se manifestant bien vite au cours des longues discussions. »

Il se dirigea vers l’une des petites trappes aménagées au sol, la première contenant ses documents les plus fragiles relativement à l’abri de l’humidité, la seconde constituant une bonne partie de ses réserves de victuailles. Dans cette dernière, il commença à fouiller, tout en coulant de temps à autre un regard vers sa visiteuse. Visiblement, ses propres questions concernant l’identité de la jeune femme ainsi que les raisons de sa venue ici avaient mise mal à l’aise celle-ci. Était-ce de la méfiance qu’il détectait dans son regard ? Une réserve sans aucun doute. Une inquiétude ? Il aurait pu s’en vouloir de mettre ainsi mal à l’aise sa visiteuse, car telle n’était pas son intention. Mais après tout, n’était-elle pas celle venue le voir ? S’il voulait l’aider en quoi que ce soit, il devait bien poser quelques questions, quoi de plus naturel ?

Dans la trappe, il dégagea quelques sacs et tomba sur ce qu’il cherchait. Si la bière et l’hydromel étaient les boissons les plus communes parmi les siens, Njall avait l’étrange sentiment que cette visiteuse méritait un traitement particulier. Il n’était toujours pas certain des origines de la jeune femme, mais il ne pouvait se départir de cette étrange sensation lui murmurant l’importance d’une telle visite, et l’honneur qui pouvait même l’accompagner. Honneur, vraiment ? Quelle étrange pensée mais soit, l’érudit avait l’habitude de faire confiance à son instinct, celui-ci ne le trompant que rarement. C’est donc une toute autre bouteille qu’il sortit de la réserve et apporta à la table, accompagnée de deux petits verres de bois. La boisson, couleur vermeille, dégageait un arôme aussi fort qui fruité.

« On nomme cette boisson le clairet*, très rare dans nos contrées. Je l’ai récupéré lors d’un raid dans les royaumes francs. » (*ou « hypocras », une sorte de vin rouge épicé)

Il servit le luxueux breuvage, tendant silencieusement l’oreille aux propos de la demoiselle. Elle semblait enfin prête à se confier, hors de question pour lui de l’interrompre prématurément. Ainsi donc, le hasard seul était la raison de sa présence ici. Voilà qui était singulier, pourquoi errer ainsi sans but, à cette heure si avancée la nuit, pour aller ensuite chercher refuge dans les zones les plus éloignées du village ? Plusieurs réponses étaient possibles, et certaines éveillèrent grandement l’esprit de l’érudit. Cela pouvait-il être… ? Non, impossible. Impossible, vraiment ? Non, pas impossible. Tout à fait plausible. Y avait-il une réelle chance ?

Il poussa lentement un verre vers la jeune femme, prit le sien et murmura un léger « skoll » (« santé ») avant de porter le breuvage à ses lèvres. Pourtant, il ne prêta guère attention à la saveur du clairet s’écoulant dans sa gorge, car son cœur battait de plus en plus la chamade, l’excitation le gagnant au fur et à mesure des mots de la demoiselle. Une errance destinée à rester secrète. Une méconnaissance des lieux. Il en était presque certain à présent, les hypothèses découlaient naturellement au fur et à mesure que les faits s’accumulaient, mais il manquait la dernière pièce, la dernière confession. Le regard de Njall était ancré dans celui de la demoiselle, un léger frémissement le parcourant lorsqu’elle déclara ne pas vouloir lui mentir. Il y était. La vérification de sa théorie. La révélation. Un nom ressortit du lot. Freyja. Nulle Valkyrie ou simple servante d’Asgard. Une déesse. En cette nuit au premier abord des plus calmes, une divine visiteuse était venue à lui.

Un instant passa. Quelques secondes paraissant infinies. Le silence planant. La scène immobile. Puis Njall posa son verre et s’inclina légèrement à nouveau, dans un salut cette fois-ci bien plus respectueux, la tête légèrement inclinée, le poing serrée sur le torse.

« Les nombreuses branches des familles divines sont des mystères pour bon nombre des miens, et je ne suis moi-même pas certain d’en connaître toutes les subtilités. » Dans son esprit, pourtant, les diverses informations fusaient ça et là, et plusieurs noms lui apparaissaient déjà : Nanna, Hnoss, Gersimi, Idunn, Sigyn. Voyait-il d’autres descendantes supposées de Freyja ? Pas à sa connaissance. À qui avait-il exactement à faire ? « Néanmoins, c’est un honneur pour moi d’être en ta présence. Je te remercie pour cette franchise. »

Étonnement, le tutoiement demeurait. Après tout, c’était sa manière d’être. Mortels ou divins, lorsque quiconque venait en sa demeure, une relation sur un pied d’égalité était de mise. Serait-il prêt à tant de familiarité devant le Père de Toute Chose s’il venait à le rencontrer ? L’érudit n’était pas à ce point imprudent, et il espérait secrètement que la déesse ne prendrait pas ombrage de cela, maintenant qu’il s’obstinait dans cette apparente nonchalance, aisément comparable à une certaine désinvolture. Finalement, il désigna le verre de clairet et ajouta avec un petit rire amusé :

« J’ai fait l’éloge de cette boisson en te la présentant, mais je me rends compte à présent qu’il doit s’agir d’un pâle reflet de ce qu’Asgard et Vanaheim peuvent offrir chaque jour. » Il haussa les épaules. « Cela ne m’empêche pas, pour ma part, de l’apprécier ! »

Et, comme pour illustrer son propos, il s’offrit une nouvelle gorgée avant de reposer son verre. Il porta un instant son attention sur le foyer, dont le feu faiblissait, et s’activa à le raviver rapidement. Ceci fait, il se détourna à nouveau et commença à faire lentement les cents pas, son regard soutenant toujours celui de la déesse, tout son être néanmoins légèrement tendu. Si son esprit raisonnait sagement, son corps, lui, demeurait guidé par ses instincts les plus primaires, et la présence d’un être divin à quelques pas de lui ne pouvait que le crisper, malgré les nombreux ordres au calme lancés par son âme. Il n’y avait là aucun danger. Peu importe l’identité de la demoiselle, elle demeurait son invitée, et c’est en tant que telle qu’il se devait de l’accueillir. Après tout, n’avait-elle pas été des plus amicales avec lui ? De plus, il lui semblait que la déesse pouvait, d’une certaine manière, avoir besoin de lui, ce dont il lui fit part :

« Freyjadottir*… (*fille de Freyja) un doute me vient… Serait-ce ta première visite sur Midgard ? » Il marqua une pause, son air interrogateur revenu, sa tête de nouveau légèrement incliné démontrant sa curiosité. « Si tel est le cas, n’hésite pas à me faire part de tous tes questionnements, je me ferais un devoir d’y répondre comme je le peux. » Ses lèvres s’étirèrent en un large sourire. « Après tout, tel est le rôle de l’érudit. »

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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Ven 6 Mar - 0:37

Elle ignorait quelle serait sa réaction. Elle priait simplement en son for intérieur pour ne pas l’avoir offensé par ses premières dissimulations. Peut-être aurait-elle dû lui annoncer avant même d’entrer dans sa demeure quelle était donc sa nature divine ? Elle l’ignorait. Elle ignorait tout de la façon dont il fallait se comporter avec un mortel. C’était un nouvel apprentissage, une expérience inédite qu’elle n’avait pas souhaité préparer outre-mesure. Et certainement pas en posant des questions à ceux qui, parmi les siens, avaient pu en bénéficier. Idunn avait craint d’attirer les soupçons en agissant ainsi. Alors elle aurait à tout découvrir seule, avec l’aide de Njall s’il le voulait bien. Troublée, elle attendit comme un verdict qu’il fasse montre de sa désapprobation, de sa surprise, de sa colère ou de sa joie. Ses yeux ne quittaient pas le visage de son interlocuteur, essayant de lire en lui avec une acuité qui, d’ordinaire, l’aurait dérangée. Elle n’avait pas pour habitude de dévisager les hommes. Il lui était déjà plus coutumier en compagnie des femmes, poussée par sa vanité et son besoin obsessionnel de comparer sa beauté à celle des autres. Pour se rassurer. Se satisfaire. Concevoir mépris ou admiration. Le silence la mettait mal à l’aise, mais elle ne commit pas l’erreur de le briser. Elle attendrait, patiente. Seules ses mains s’étaient serrées plus fort contre son abdomen. Avant qu’elle ne voie l’érudit s’incliner devant elle. Une vague d'énergie étrange, qu'elle n'aurait su qualifier par les mots, la submergea sans crier gare, bien qu’elle n’en laissât rien transparaître. Ses lèvres se plissèrent légèrement. Elle lui fut gré de ne pas accentuer cette marque de respect qu’il lui adressait. Consciente de son statut par rapport au sien, elle n’était guère venue pour en jouer sur lui. Il ne méritait pas une telle bassesse et jamais la déesse n’aurait pu s’y résoudre.

« Ne me remercie pas… Je me sens quelque peu intrusive, pour tout t’avouer. »

Elle parvint à sourire, délivrée du poids de ses confessions. Ses bras se relâchèrent, et ses doigts finirent par ne plus se tenir qu’à peine, en contrebas. De bonne grâce, elle fit quelques pas vers lui, se rapprochant également de la table par ce fait. Elle se pencha et s’empara du verre qu’il avait rempli à son égard.

« Crois-tu ? Je ne suis pas venue pour me plaindre de ce que tu as à m’offrir. »

Portant le breuvage tout d’abord à ses narines, elle savoura le léger parfum qu’il dégageait avant de boire à la santé de Njall, en absorbant une ou deux gorgées.

« C’est tout à fait honorable… Et m’aurais-tu servi un lait de chèvre que je ne m’en serais pas davantage offusquée. »

Le vin était doux à son palais, et suffisamment agréable pour qu’elle n’ait guère à simuler son plaisir. Doucement, elle reposa le verre de bois contre la surface similaire puis se redressa, le regardant évoluer dans la pièce de droite à gauche. Il ressemblait à un loup, ainsi. Un étrange loup.

« Tu vois juste. Je n’étais jamais…descendue, auparavant. »

Elle se sentit comme une enfant prise en faute, par les fossettes qui se mirent aussitôt à creuser ses joues. Ses prunelles avaient pris un éclat presque mutin tandis qu’elle pencha la tête sur le côté.

« Mais je m’ennuie… Je m’ennuie suffisamment pour m’intéresser désormais à vous, plus qu’à mes semblables. Qui ont bien fort à faire. »

Elle tendit l’une de ses mains vers l’âtre ravivé par son propriétaire dans un soupir léger, ses yeux se détournant pour contempler les flammes.

« Je suis Idunn. La première fille de Freyja. »

Cette déclaration, qui il y a peu encore l’aurait emplie d’une fierté clairement palpable, la rendait désormais quelque peu mélancolique vu le tournant pris par les événements. Quand les nuages se dissiperaient-ils ? Et finiraient-ils par le faire, vraiment ?

« Et je veux bien que tu m’apprennes… »

Elle tourna une tête hésitante vers lui, se sentant la plus ignare des déesses.

« Tout cela m’intrigue. Vos vies… Vos coutumes, et même votre nourriture et vos boissons. J’ai besoin de connaître des choses nouvelles. En contrepartie, je m'engage à répondre à tes propres questions. »

Besoin de se sortir de sa morosité ambiante. La gardienne des pommes d’or se sentait pathétique jusqu’à Midgard, et si elle pensait bien que les humains ne pouvaient avoir vent de son existence proche du désastre affectif à Asgard, elle craignait que Njall ne parvienne à le lire à travers elle. Elle s’agenouilla doucement, profitant de la chaleur du feu qui lui était profondément réconfortante. Achevant de décrocher son voile de sa chevelure, elle le laissa retomber librement contre ses cuisses, dégageant alors totalement ses cheveux blonds.

« Tu m’as dit plus tôt que tu étais toléré ? Comment cela se fait-ce ? Tu me sembles pourtant être un hôte parfaitement respectable, courtois et cultivé. Ne sont-ce pas des qualités appréciées parmi tes congénères ? »


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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Dim 22 Mar - 1:03


Certes, l’instinct de Njall, comme pour n’importe quel mortel, ne cessait d’hurler dans son inconscient qu’il avait à faire à une déesse, une puissance divine, un être aux yeux duquel il n’était qu’un éphémère grain de poussière au milieu des étendues de cendres. Ces pensées parasites le crispaient, tendaient son corps, bien que ce moment n’était au final en rien une source de tension.

L’érudit s’autorisa une longue inspiration, se forçant à se détendre. Pour cela, il fallait avouer que son invitée l’aidait grandement : bien qu’ayant révélé sa vraie nature, son attitude demeurait, au final, très… humaine. C’est cela, bien qu’il ressentait la particularité de la jeune femme, cette étrange aura l’entourant, il aurait été aisé de la prendre pour une simple mortelle, en se basant uniquement sur ses faits et gestes. En quelque sorte, c’était plutôt touchant à voir, rassurant aussi. Tous les dieux étaient-ils ainsi, ou était-elle une agréable exception ? Toujours est-il que cela permis à l’érudit de finalement retrouver tout son calme.

« Intrusive ? Je t’ai invitée à entrer, aussi tu es la bienvenue autant que tu le désireras. »

Ce n’était pas en soi un traitement de faveur : sa porte demeurait toujours ouverte à tous et toutes, et son hospitalité acquise pour qui savait se comporter en invité respectable à son égard. Sur ce plan, la déesse l’honorait de sa présence retenue, emprunte d’une modestie des plus surprenantes. Une nouvelle fois, elle faisait preuve d’une certaine… humanité. Et encore, il avait rencontré des mortels bien moins humbles que cela, lui-même en premier. L’érudit s’offrit une nouvelle gorgée de vin et retint un léger sourire lorsque la déesse avoua qu’il s’agissait là de sa première visite. Même pour une chose aussi simple, Njall adorait tomber juste dans ses suppositions. Tout en jetant un œil à son invitée, il ressentit un étrange sentiment le parcourir. Joie ? Amusement ? Curiosité ? Affection ? Il devait avouer que sa réaction était mignonne, assez pour toucher même un cœur aussi réservé que celui d’un homme perdu dans les méandres du savoir.

L’ennui, telle était la raison de sa venue. Être immortel était-il forcement synonyme d’ennui ? Il est vrai que l’érudit n’enviait pas réellement cette éternité divine. Si celle-ci lui permetttait de connaître toute chose, de percer tout mystère, que pourrait-elle lui apporter par la suite, si ce n’était quelques siècles d’attente ? Il était étrange pour un humain de ne pas aveuglement envier l’immortalité, mais tout ceci correspondait finalement à ce qu’il imaginait. Après tout, aucun don ne venait sans revers.

« Idunn, Idunn… » Il murmura plusieurs fois le nom, les yeux perdus dans le vague, comme une incantation. « La gardienne des légendaires Pommes d’Or, n’est ce pas ? » Il nota l’étrange expression sur la visage de la susnommée, sembla réfléchir, puis reprit : « Les histoires se focalisent sur ce rôle qui t’es destiné, mais elles ne laissent guère place à toute la complexité de ton être. Car, évidemment, tu dois être bien plus qu’une simple garante des immortels. » Un léger rictus d’amusement lui fit ajouter : « Nous autres mortels ne voyons chez vous, divins, que vos rôles et vos exploits. Mais même le plus puissant des esprits peut cacher bon nombre de choses. »

Certes, certains mortels entretenant des liens particuliers avec les entités célestes savaient, tout comme lui, que les Dieux étaient finalement tout aussi complexes et nuancés que les humains placés sous leur protection. En soi, n’était-ce pas une bonne chose ? Aux yeux de Njall, cela était plus appréciable qu’être soumis au regard détaché d’une entité à la conscience inexplicable.

Voyant Idunn s’agenouiller près du feu, Njall en fit de même, s’installant en tailleur, le buste droit, les mains reposant paisiblement sur chaque genou, le regard calme et attentif. Une nouvelle élève à qui faire découvrir tant de choses. Une nouvelle élève pouvant elle-même devenir un professeur. Un échange de savoirs comme il les préférait. Tant de questions, toujours trop de questions, tournaient dans sa tête. Mais avant cela, répondre aux interrogations de sa visiteuse. Se concentrer. Détacher son regard de cette crinière d’or et de ces traits délicats. Tendre la main pour une nouvelle gorgée de vin. Et enfin, sourire au premier questionnement. En effet, cela devait paraître assez singulier pour une étrangère de la culture Midgardienne. Formuler la réponse. Il ne désirait en aucun cas se poser en victime ni se plaindre de sa situation, somme toute très convenable. Convenable, oui, car il avait su la rendre ainsi, avec beaucoup de patience.

« Je te remercie pour ces compliments, mais cela n’est rien pour les miens, par rapport à ce que je suis. » Une pause, il chercha comment formuler les choses. « La quête du savoir poussée à l’extrême n’est pas vue comme une activité utile pour bon nombre de nordiques, beaucoup pensent qu’un érudit dans mon genre n’est qu’un… parasite, un inutile. Même si la plupart se rendent compte par la suite que ma lumière peut se révéler indispensable face à leur ignorance. Mais plus que cela… » Il approcha la main du feu, caressant du bout des doigts les flammes, ses yeux se plissant, assombris. « Parmi toutes choses, j’ai étudié les mystères des arcanes, les grands rituels et enchantements. Évidemment, je suis bien loin de maîtriser une telle énergie, tout au plus la comprends-je, la ressens-je et l’effleure du doigt. Mais pour les miens, la sorcellerie est une affaire de femmes, et si un homme y porte son intérêt, il est vu comme un argr, un homme n’en était plus un, un homme ayant sacrifié sa masculinité. » Sa main dansant toujours avec les flammes, il haussa les épaules. « De manière générale, on me soupçonne de pratiquer sans retenue cette discipline. Dans de nombreux villages, j’ai du défendre mon honneur à maintes reprises. Ici, à Tromsø, les habitants sont moins agressifs, surtout car je sais me montrer aussi utile que d’agréable compagnie. Mais malgré cela, ma présence demeure tolérée pour la plupart, et n’empêche aucunement certains de glisser quelques paroles acerbes à mon égard. »

Au fur et à mesure, sa voix avait diminué, reflétant une certaine lassitude demeurant en lui. Même si sa vanité ne cessait de lui murmurer qu’aucun esprit inférieur ne méritait qu’il se morfonde, que la compagnie de sa propre intelligence devait lui suffire, Njall avait toujours espéré parvenir à s’intégrer totalement parmi les siens. Il avait eu cet espoir en s’installant ici, et tout n’était pas si mal, certes… Mais ce n’était pas encore ça. Son âge avançait, et l’érudit demeurait, au final, seul avec lui-même. Était-ce le prix à payer pour poursuivre sa quête de connaissances ?

Une première question répondue. N’était-ce pas à son tour d’en poser une ? Il décida que oui. Sortant de ses sombres pensées, il planta son regard dans celui d’Idunn, réfléchissant rapidement à ce qu’il pouvait lui demander. Il y avait bien une chose le turlupinant, une chose l’intriguant et demandant à être éclaircie, si la déesse acceptait de se livrer, ou préférait restreindre cette nuit-là le lot des révélations.

« Et toi, Idunn ? Peux-tu me parler un peu de ta vie en Asgard ? De mes yeux de mortel, j’imagine comme tant d’autres paix et félicité, mais ta présence ici, guidée par l’ennui, murmure bien autre chose. Ai-je raison ? »

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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Ven 17 Avr - 5:12

Quelle étrange sensation que d’entendre les syllabes de son nom rouler contre le palais d’un mortel. Quelque chose remua au fond d’elle, qui était resté terré jusqu’à présent, intimidé par la nouveauté et par le fait de fouler cette terre encore inconnue. Elle se tint pourtant calme, refusant de se livrer à ses vieux démons, et conserva un visage parfaitement neutre, prête à écouter Njall avec attention. Elle avait hoché la tête, confirmant son statut auprès des dieux. Décidée à garder le silence jusqu’à ce qu’elle puisse reprendre l’offensive de ses interrogations, dans un parfait respect de leur échange. Chacun son tour. Elle avait souri tristement, se demandant si elle aurait à cœur de le détromper sur ce qu’il semblait penser de la considération des dieux entre eux-mêmes à Asgard. Les choses n’étaient pas si différentes, en fin de compte, quel que soit le plan du monde dans lequel ils vivaient. Elle profitait qu’il parlât pour l’observer, aucun détail ne lui échappant. Idunn appréciait sa posture, sa manière de se tenir, de s’exprimer, et surtout la façon qu’il avait de sourire, très ponctuellement. Elle n’était pas toujours certaine de savoir comment l’interpréter, mais cela lui plaisait indéniablement. Finalement, se retrouver sur un terrain qui n’était pas le sien était aussi agréable que troublant. L’ennui semblait bien loin. Ses sourcils blonds s’étaient doucement froncés, curieuse de la réputation que traînait dans son sillage l’érudit. Elle avait du mal à comprendre, elle, l’épouse du dieu de la poésie, comment un homme pouvait-il être jugé simplement parce qu’il souhaitait approfondir la connaissance de son univers. Ce principe lui échappait bel et bien. Elle percevait sans aucun mal le poids que ces considérations faisaient peser en lui, et son empressement à l’accueillir avait été telle qu’Idunn aurait bien voulu le lui ôter sans plus attendre. Mais ce n’était pas possible, évidemment. Il valait mieux qu’elle lui réponde d’abord, avant de le relancer sur ce sujet apparemment douloureux pour le mortel assis près d’elle. Si proche qu’elle aurait pu l’effleurer. En espérant qu’elle trouve le bon ton, la meilleure manière pour ne pas tirailler les bords d’une plaie déjà mal refermée.

« Ma vie… »

La sienne n’était pas beaucoup mieux, à bien y réfléchir. Elle baissa la tête, fixant les cuisses de l’homme, pour ne pas avoir à affronter son expression tout en parlant. Elle prit une solide inspiration et commença :

« Je ne crois pas que l’on me considère comme très complexe, là d’où je viens. Je n’ai pas mauvaise réputation, loin de là. Mais je crois que je suis un peu… transparente. Je n’occupe pas une place de premier plan parmi les miens. Je prends ma tâche très au sérieux, bien évidemment. Après tout, si je faillis à mon devoir, tous les autres en pâtiront. Mais au final, j’entretiens peu de rapports marqués avec la plupart. Mon quotidien est… particulièrement banal. Sans histoires. Enfin, sauf récemment… »

Elle soupira.

« Par la faute de Loki, j’ai été emportée loin d’Asgard, à Jotünheim. J’étais retenue prisonnière jusqu’à ce que la guerre éclate pour m’en libérer. J’ai cru alors que les choses s’arrangeraient. Je me suis montrée un peu idéaliste, je crois. »

Son sourire se fit mélancolique, sans pour autant afficher une expression de pure détresse. Jamais Idunn ne se serait allée jusqu’à abaisser ses défenses devant un être humain. Elle avait parfaitement conscience des limites à ne pas dépasser.

« Je ne veux pas te mentir. Je ne suis pas l’une des divinités les plus intéressantes, de mon point de vue. Je reste seule, la plupart du temps. Mon époux et moi ne vivons pas en harmonie. Toutefois, je pense qu’il t’apprécierait. Après tout, il est le dieu de l’éloquence. Je ne le vois jamais sans un livre ou sans composer un écrit. Il serait probablement curieux de rencontrer un humain aussi cultivé que tu parais l’être. »

Parler de Bragi en ces termes lui était étrange. Cela ne faisait que souligner à quel point ils se connaissaient mal. Bragi était-il déjà descendu sur Terre ? Que pensait-il des mortels ? Autant de questions auxquelles elle aurait été bien en peine de répondre.

« Mais notre cadre de vie est exceptionnel. Je ne saurais te décrire la beauté des jardins et la sérénité qui se dégage d’Asgard, la plupart du temps. Je… Je crois que c’est ce qui me permet de sourire, toujours. Je ne me lasse pas des parfums qui nous entourent, du confort de nos demeures. En cela, nous avons beaucoup de chance. »

Elle embrassa l’habitation d’un geste ample.

« Et pourtant… Vos demeures semblent avoir une âme, elles aussi. Différentes, mais pas moins belles. La tienne, en tout cas. »

Pendant un moment, elle laissa le silence planer, puis osa rajouter, plus doucement :

« Tu es aussi seul que moi. »

Elle n’attendait pas de réponse. Elle sentait que sa pensée était juste, et se sentir d’autant plus remuée par l’isolement dont il souffrait.

« Les tiens ont simplement la décence de le montrer sans ambigüité. Mais je ne saurais dire laquelle de nos situations est la plus enviable. »

Idunn riait presque jaune. Quel beau tandem ils faisaient, tous les deux. Le destin était particulièrement moqueur, si le premier mortel dont elle croisait le chemin était le reflet de sa propre vie, transposée dans un autre corps, un autre genre et un autre monde.

« Je ne conçois pas que l’on te considère comme un être inutile. La survie est importante, oui. Mais la survie sans le savoir ne mène nulle part. J’ai beaucoup de mal à… comprendre la vision qu’ils ont de toi. Même si je reconnais mon ignorance te concernant. J’ai envie de croire en ta parole. »

Machinalement, elle inclina son visage et entreprit de tresser lentement sa chevelure. C’était bon signe, chez elle. Quiconque l’avait fréquentée dans l’intimité était capable d’y voir une manifestation de son bien-être dans l’instant.

« Est-ce pour cela que tu vis sans la compagnie d’une femme ? Ou bien est-ce toi qui la refuse ? »


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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Mar 28 Avr - 14:31


Un instant, Njall s’en voulu presque de sa question, pourtant anodine. Une simple curiosité, semblant pourtant plonger Idunn dans quelques mauvais souvenirs. Voyant qu’elle évitait son regard, il cessa un instant de la fixer, écoutant avec attention. Au fur et à mesure, la surprise s’installa discrètement sur son visage. Comment une déesse pouvait-elle avoir une si basse opinion d’elle-même, d’autant plus qu’elle était la garante de l’immortalité, une tâche qui, à ses yeux, aurait dû la propulser dans les sommets du panthéon, attirant le respect et la déférence de bon nombre de ses pairs ? N’aurait-ce pas été logique ?

L’histoire de Loki l’intrigua tout particulièrement. De par ses quelques contacts avec la valkyrie Svafa et les völva de la région, il avait entendu parler de cette fourberie, et du danger qui en résulta. Néanmoins, il ne savait pas qu’une guerre avait été déclarée, pas un instant il n’avait imaginé l’étendue de la catastrophe. Et tandis que la déesse parlait, l’érudit nota le sourire qui tendit ses lèvres, un sourire qui le toucha, un sourire douloureux. Jamais il n’avait songé aux sentiments des divins. Comme beaucoup d’autres, il voyait en eux des êtres libérés des tristes émotions, des êtres forts, inébranlables. Voilà un sujet sur lequel il s’était allègrement trompé.

Bragi, dieu des poètes… Une incarnation-même de la culture ne pouvant que lui plaire, mais lorsque l’érudit se perdait dans quelques prières, celles-ci allaient en particulier vers Mimir, gardien de la sagesse, Kvasir ou même Odin, bien que ce dernier ait depuis perdu beaucoup de son influence au profit de son fils. De toute évidence, Njall serait très curieux de rencontrer le célèbre Bragi, mais que penser d’un homme, même divin, ne faisant rien pour tromper l’ennui de sa promise, la laissant à sa mélancolie ? Peut-être était-il trop absorbé par ses écrits, une chose que l’érudit ne pouvait que comprendre. « Une désillusion… » songea-t-il, lui qui imaginait chez les Dieux seulement les moments de gloire et la plénitude céleste, il découvrait les mêmes problèmes que chez les mortels. « Non, pas une désillusion. Une vérité. La vérité que les humains ne doivent pas se reposer aveuglement sur les divins, que ces derniers ne sont pas d’inaccessibles entités, mais des camarades présents à nos côtés, vivant comme nous sur les branches d’Yggdrasil. » Voilà ce qu’il pouvait pour l’instant tirer de cet enseignement, des plus instructifs.

Njall ne prononça pas un mot de ses pensées. Interrompre la demoiselle lui semblait tout à fait inapproprié aussi se contentait-il de l’écouter, coulant de temps à autres un regard vers elle, l’observant sans trop s’attarder, l’admirant sans vouloir la déranger. Qui ne pourrait admirer pareille beauté, pareille douceur, pareille solitude… L’érudit eut un léger sourire à l’évocation de sa demeure, que lui-même trouvait légèrement branlante mais, après tout, c’était chez lui, voilà la seule chose qui comptait. Son cœur se serra néanmoins aux mots d’Idunn. Tu es aussi seul que moi, dit-elle. Elle avait raison. Quel étrange duo formaient-ils, lui le marginal parmi les mortels, et elle l’ignorée parmi les immortels.

« Pour la plupart d’entre nous, » répondit-il finalement, « Nous sommes un peuple franc, direct. Si nous n’aimons pas quelqu’un, nous le montrons sans retenue. En général. » Sauf si la situation impliquait la prudence, comme son aversion envers le pisteur Arnorr, demeurant toujours cachée. « Je fais partie d’un peuple à la fois simple et complexe et, malgré tout, il s’agit de mon peuple. Peu importe qu’ils n’arrivent pas à m’accepter pleinement. Lorsque leur survie est chaque jour remise en jeu, les humains ne peuvent se résoudre à, disons, perdre leur temps, dans l’étude et la quête de connaissance. Je peux comprendre ça, même si je peux m’y résoudre. »

Être ignoré ou rejeté… Quel fardeau était le plus lourd ? Sans doute l’un autant que l’autre, chacun à sa manière. L’érudit était surpris de se sentir aussi proche de la déesse. Toute gêne disparue, plus la moindre appréhension, plus le moindre frisson d’appréhension de son instinct face à une aura divine. Il était simplement là, aux côtés d’une magnifique personne, échangeant avec elle, partageant un moment hors du temps. La nuit aurait autant pu être passée que stoppée, il ne s’en serait pas rendu compte un seul instant. Ici et maintenant, seuls demeuraient Idunn, lui-même, le feu, et le toit protecteur. Cela faisait fort longtemps qu’il n’avait pas ressenti ce bien-être, celui d’échanger un moment complice avec un autre être humain… ou du moins, avec un être immortel dans ce cas présent. Néanmoins, la question qui vint désarçonna Njall. Aussitôt, son visage se mua discrètement, reprenant cet air amusé qu’il conservait à loisir, cette expression de contenance affichée si aisément.

« Nulle femme n’irait perdre son temps avec un lettré. Mes compétences guerrières, bien qu’honorables, pâtissent avec celles des autres guerriers. Mes possessions, comme tu peux le constater, ne sont que des trésors de l’esprit et ne signifient rien matériellement. Si tu ajoutes à cela mon âge avançant un peu trop à mon goût, tu comprendras ma solitude. Mais, après tout, quelle meilleure compagnie que ceci ? »

Il ria et désigna du doigt son propre crâne, avant de se relever soudainement, faisant de nouveau les cent pas. Un tic, pouvant aussi bien traduire une intense réflexion qu’une tentative pour reprendre contenance. Certes, il avait connu plusieurs femmes au cours des années, mais pas assez pour lui attribuer le titre de grand séducteur, et pas une ne désirant rester longtemps à ses côtés. Sauf une. Il y a fort longtemps. Le dos tourné à Idunn, il lâcha d’une voix plus basse.

« Il y en avait une, différente de toutes. J’étais jeune, et elle m’a beaucoup appris. Mais à présent, elle doit vivre, je l’espère, parmi les tiens. Moi, j’ai appris à vivre de mon côté. »

Il pivota sur lui-même, reportant son regard sur la déesse. Ses gestes étaient de nouveau précipités, son corps tendu, agité. Il se rassit en tailleur aux côtés de sa visiteuse, se concentrant de nouveau sur le feu, attendant que son esprit daigne se calmer. L’évocation de sa solitude et de celle qui l’avait guidée sur le chemin du savoir le plongeait toujours dans un désagréable état d’agitation. Il était d’autant plus troublé par cet état de bien-être qu’il ressentait aux côtés de la déesse, une sensation que peu de gens au monde avaient pu lui faire ressentir, et parmi eux, justement, Svana, celle qui à présent devait vivre parmi les divins. Etait-ce l’aura d’Idunn qui le confortait ainsi ? La souffrance complice les rapprochant ? La curiosité mutuelle les liant ? Pour l’une des rares fois dans son existence, l’érudit ne trouva aucune réponse définitive à ses questionnements. Ses yeux se posèrent de nouveau sur la demoiselle, un regard admirant autant que sondant, le regard de celui qui ne savait s’il devait admirer, apprécier, ou élucider, comprendre. Eternel dilemme. Eternel conflit psychique.

« Je me demande… Pourquoi demeurer ensemble si Bragi et toi n’êtes pas sur la même pensée ? Parmi les miens, le divorce n’est pas chose rare, je ne sais s’il en est de même chez les divins… Et comme action d’éclat pour ne plus être transparente aux yeux des autres, je suis certain qu’il n’y a pas mieux ! »

Un ton léger, un sourire doux, rare chez lui… Simple réflexion, simple questionnement ? Oui et non. Une curiosité de sa part, certes, mais surtout une réelle sollicitude. Il se souciait de cette personne venue à lui, bravant l’inconnu pour tromper l’ennui, se dévoilant prudemment aux yeux du simple mortel qu’il était. N’était-ce que cela ? lui susurra une perfide voix, tapie au fond de sa conscience. N’y-a-t-il pas là quelques jalousies, de voir un homme délaisser un être aussi lumineux ? Car toi, Njall Kjeldson, ce ne serait pas ton genre. Tu vaux mieux que les mortels. Mieux que les immortels même, n’est-ce pas ? Silence, tonna mentalement l’érudit à la doucereuse voix de sa vanité. Il ne pouvait dire s’il s’agissait de cela. Il n’était sûr que de deux choses : il voulait aider Idunn, et il était attiré par elle. De quelle manière, il ne saurait le dire. Sans doute attiré comme le papillon voletant innocemment vers le soleil, ne prêtant guère attention à ses ailes tombant en cendres, avant que la chute ne vienne le surprendre. S’étant rapproché, Njall était bien plus proche de la déesse qu’auparavant, il n’avait qu’à tendre la main pour l’effleurer, au risque de s’y brûler. Toujours assis en tailleur, son calme revenu, il l’observait, encore. Et en son for intérieur, il aurait souhaité ne pas être mortel, ne pas avoir à se soucier des grains de sable du temps s’écoulant les uns après les autres, être plus fort, traverser le gouffre séparant leur deux mondes et tromper leur mutuelle solitude.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Dim 3 Mai - 23:45

Idunn s’amusait en son for intérieur de la surprise qu’elle pouvait aisément lire sur le visage de Njall. Non pas pour se moquer de lui, mais bien parce qu’elle se rendait compte de la profonde ignorance qui les tenaillait l’un envers l’autre. Une ignorance qu’il était visiblement aussi enthousiaste qu’elle à éluder pour tromper l’ennui. Pour le moment, elle n’avait pas à s’en plaindre : bien que parler de Bragi et de leurs différends n’était pas le sujet le plus agréable du monde, elle n’en conçut aucun agacement à l’égard de l’érudit, et cela lui permettait même d’aborder le problème sous un angle plus original. Après tout, qui disait que les mortels n’étaient pas capables de penser, de réfléchir sur ces problèmes de l’intime et d’en concevoir leur opinion propre ? Personne, bien sûr. Ils étaient visiblement plus proches qu’ils ne l’avaient cru de prime abord, et cela réjouissait la déesse. L’expérience la divertissait comme une enfant un peu trop curieuse pour son bien, mais qui prend un malin plaisir à transgresser les tabous de l’interdit et de l’ambigu. Elle se rendait compte des regards que Njall lui lançait, et loin de s’en offusquer, le sentiment qu’elle avait cru voir naître en elle ne fit que s’affirmer un peu plus. Son orgueil, toute la certitude qu’elle avait en sa beauté et son charisme. Ces deux valeurs qui s’affadissaient en présence de Bragi ne faisaient que renaître, rayonner en présence du mortel. Forte de son assurance et de ce qu’elle dégageait, consciente de prévaloir sur eux deux sans pour autant négliger son interlocuteur ni le mépriser d’aucune sorte, cette conversation opérait alors comme apaisante pour elle. Comme lorsque sa mère, étant plus jeune, tressait ses cheveux comme elle le faisait à l’heure actuelle, en lui murmurant à l’oreille les plus beaux compliments qu’une fille pouvait rêver de recevoir de celle qui lui a donné le jour. Son ego gonflait donc davantage de seconde en seconde, réconforté. Fleur tournée vers le soleil en quête d’épanouissement, toute réserve effectivement disparue, elle faisait habilement jouer ses phalanges entre ses mèches d’or, dans une chorégraphie de gestes mille fois répétés, exercés avec une nonchalance qui n’avait rien d’étudiée.

« Je pense que je préférerais encore votre franchise à notre courtoisie parfois étouffante, dans ce cas. »

Idunn parlait comme elle le pensait, sans se demander si on la jugerait par rapport à son rang ou à ce qu’elle était censée représenter. On ne se l’imaginait pas autrement qu’en souriant, de là où elle venait. Quiconque croisait son expression fatiguée et réservée ne pouvait alors s’empêcher de se torturer de mille et une questions, dont certaines parvenaient forcément à ses oreilles. Elle avait déjà dû subir un simulacre d’interrogatoire inquiet de la part de ses congénères, et la déesse ne souhaitait pas qu’une telle chose se produise à de trop nombreuses reprises, sous peine de ne plus pouvoir préserver la bulle de secret détestable qui les isolait elle et son époux.
Et maintenant, c’était l’intimité de son vis-à-vis qu’elle fouillait de ses interrogations, comme n’aurait pas manqué de l’en corriger sévèrement sa mère. Déjà, enfant, Freyja s’était battue contre les tendances d’Idunn à parler librement, sans barrière. C’était difficilement qu’elle avait fini par lui inculquer le devoir de respect à ne pas pousser trop loin les méandres de sa curiosité et de son intérêt pour autrui. Pour ne pas embarrasser, pour ne pas gêner ni se montrer grossier. Njall réveillait ces instincts-là, et elle n’eut pas le cœur à les refréner, malgré le regret qu’elle éprouva en le voyant se relever pour déambuler quelques instants au sein de la pièce. Était-elle allée trop loin ? Aux aguets, un peu redressée, ses prunelles océan ne le quittaient pas une seule seconde, cherchant à lire en lui. Mais Njall lui tourna le dos, et elle ne put tenter de décrypter ce qu’il éprouvait. Même le rire qui avait éclaté entre eux lui paraissait chargé d’émotion, d’inavoué. La Gardienne retenait son souffle, les excuses au bord des lèvres. Ses confessions finales ne l’en émurent que davantage, et elle n’eut pas le temps de rajouter quoi que ce soit qu’il s’était déjà rassis face à elle. Plus proche. Si elle ne bougea pas pour autant, Idunn ne put que remarquer que la distance entre eux deux s’était atténuée. Elle ne l’interpréta pas mal, croyant sincèrement que ce genre de confidences poussait à une proximité physique plus certaine. Toujours agenouillée, le poids de son corps basculé légèrement sur sa hanche gauche, elle sourit doucement, aimant l’atmosphère presque complice entre les deux êtres.

« C’est fort dommage. J’aurais pourtant cru qu’une femme dans ce village se soit montrée unique, un peu comme toi. Tu ne dois forcément pas être le seul à partager de tels appétits pour le savoir, et la connaissance. Es-tu certain qu’aucune n’aurait envie de briser les tabous pour te rejoindre ? »

Si elle avait embrassé d’un coup d’œil une fois de plus le décor les entourant, elle balaya la remarque sur ses possessions matérielles d’un revers de main.

« Je m’y connais peu dans les choses de l’amour. Pourtant, il m’a toujours semblé entendre qu’au fond, le matériel n'importe guère. Lorsque deux âmes se trouvent… Le reste n’est que secondaire. Ne crois-tu pas ? »

En revanche, l’âge était un problème autre. Idunn fronça doucement les sourcils.

« J’avais oublié… »

Elle entreprit de retracer plus précisément les traits de son visage. Incapable de se représenter l’échelle d’une vie humaine, elle demeura ainsi de longues secondes avant de secouer doucement la tête, confuse.

« Pardonne-moi. Es-tu né il y a si longtemps ? Tu ne me parais pourtant pas beaucoup plus vieux que mes beaux-frères… Hum, tu sembles même légèrement plus jeune que mon oncle. »

Mais comment se fier à cela lorsqu’on vit sur les terres d’Asgard ? Idunn se sentait stupide d’essayer de le comparer aux êtres qu’elle fréquentait au quotidien. Cela ne voulait probablement rien dire. Elle se focalisa sur la femme qu’avait évoquée alors l’érudit. Cela ne pouvait être qu’une Valkyrie.

« Quel est son nom ? »

Sa voix s’était soudainement empreinte d’une douceur sans pareille.

« Je pourrais peut-être lui transmettre un message de ta part… Cela lui fera probablement plaisir, j’en suis certaine. »

Idunn hésita, avant d’effleurer du bout des doigts, le dos de la main de Njall, lui rendant une expression pleine de volonté et de confiance.

« Si tu souhaites me charger d’une telle mission, sache que je m’en acquitterai avec joie. Si non, je te prie de pardonner mon manque de savoir-vivre. Je ne voulais pas raviver des souvenirs désagréables. »

Elle ne retira sa main que pour percer à jour l’une de ses dernières questions.

« De mon côté, je ne peux pas mettre un terme à mon mariage car je refuse de créer le scandale. Nos deux familles ont renforcé leur alliance suite à nos épousailles. Ce fut une décision très politique et approuvée dans les deux camps. Et nous connaissons de tels rebondissements que je me sentirais trop coupable de jeter de l’huile sur le feu. Ce n’est pas dans mon caractère… »


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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Jeu 21 Mai - 15:24


Il était certain qu’Idunn avait raison sur de nombreux points, ses réflexions sur les affres sentimentaux étaient tout à fait pertinentes, logiques… Mais les mortels fonctionnaient-ils ainsi ? Peut-être était-ce le cas des divins mais les humains eux, se laissaient plus aisément guider par les sentiments, les ressentis, les superstitions. Non pas qu’il puisse jeter la pierre aux siens, lui-même n’échappait pas à cette réalité, seulement, il était l’un des rares, à ses yeux, à vouloir s’en défaire. Mais était-il possible de poser sur le monde un regard si détaché, passer au crible d’un esprit de pure logique la réalité ? L’érudit en doutait grandement, et il lui fallut quelques moments de réflexion pour trouver quoi répondre à la déesse.

« Je noircis certes quelque peu ma situation. Contrairement à bien souvent au cours de mes errances, j’ai trouvé ici quelques amis, quelques personnes avides d’apprendre. Oui, tout n’est pas si noir, je reste tout de même accepté dans ce village. Néanmoins… » Il fit une nouvelle pause pour réfléchir, les yeux tournés vers le plafond. « Certes en nos terres, les unions sont plus centrées sur l’amour que dans d’autres régions du monde connu. Néanmoins, la réputation, la position sociale, le prestige guerrier, les possessions matérielles… Tout cela rentre bien souvent en ligne de compte, dans notre société où familles et clans cherchent à se perpétuer et à s’élever. » Un léger rire. « Mais peut-être que la rencontre d’une âme destinée à la mienne pourrait tromper mes observations, seules les nornes le savent. »

Un deuxième rire, plus franc, plus spontanée, éclata dans la gorge de Njall. Être comparé aux divins beaux-frères ainsi qu’à l’oncle d’Idunn était pour le moins amusant. Soit la déesse tentait de se montrer gentille à son égard, soit celle-ci faisait preuve d’une candeur tout à fait charmante. L’érudit passa lentement la main sur son visage, caressant les rares rides creusant ses traits étonnement, il fallait l’avouer, épargnés par le temps.

« Il y a bien une quarantaine d’hiver qui sont passés depuis ma naissance. Je ne suis certes pas un ancien, et mon corps résiste étonnement bien au passage du temps. Mais j’approche d’un âge où beaucoup des nôtres faiblissent physiquement… Que les divins continuent de m’épargner cette déchéance ! » Il se rendit compte au moment de la prononcer de l’ironie sa phrase, à cet instant. Aussi il ajouta, malicieux : « Si il y a bien une divinité méritant mes prières à ce sujet, je pense que ce serait toi, la garante de l’immortalité. »

Les questions d’Idunn ramenèrent au souvenir de Njall les années passées aux côtés de Svana. La rencontre, sans doute ourdie par le destin déguisé en simple concours de circonstances. L’apprentissage. La découverte. L’amour. La vie. Elle lui avait apporté presque tout ce dont avait besoin n’importe quel être humain. Elle vivant en marginale, approchée avec méfiance par les autres vikings venant quérir son don en tant que völva. Lui, tout jeune encore, ne trouvant pas sa place dans un monde où la quête de connaissance n’était vue que comme une futilité. Une merveilleuse entente, interrompue par les miasmes de la maladie. Une disparition poussant Njall à l’errance. Depuis, il imaginait Svana en Asgard, vivant dans la félicité aux côtés des divins, mais il était loin d’en être certain. Pendant longtemps, il s’était forcé à ne pas se poser la question, car la réponse pouvait aussi bien le rassurer que décrire définitivement sa foi envers les dieux. Devait-il partager une telle pensée avec Idunn ? Après tout, elle n’était pas aussi inaccessible qu’il l’aurait imaginé de la part d’un être immortel, et sa proposition était touchante de gentillesse. L’érudit afficha une discrète moue de tristesse.

« Svana Magnusdottir. C’était une völva, emportée par la maladie. Je sais que pour une telle mort, le Valhalla ne peut qu’être refusé, seul Hel ouvrant les bras pour l’accueillir mais… Elle a toujours été entièrement dévouée envers vous tous, chaque divin ayant une importance pour elle, chaque vision, peu importe sa nature, reçue comme un cadeau. Je ne peux imaginer qu’elle fut condamnée à un sort si funeste. Elle mérite la gloire pour sa dévotion. »

Sa voix chargée de colère contenue se brisa soudain lorsqu’Idunn lui effleura la main, le ramenant à la réalité. Un contact physique si léger, si simple et qui, pourtant, revêtait un manteau irréel. Reprenant ses esprits, l’érudit récupéra sa contenance. Il n’était pas dans ses habitudes de baisser ainsi sa garder, de montrer une telle faiblesse d’esprit. Son air aimable habituel revint au moment où il reporta son attention sur la déesse.

« C’est un noble geste de ta part. Si par hasard tu venais à la croiser… Et bien… Dis-lui juste que... je ne la remercierai jamais assez pour tout ce qu’elle m’a transmis et… j’espère qu’elle a trouvé sa place à présent. »

Ces mots lui semblaient si faibles, si dérisoires… De pâles reflets de ce qu’il avait jadis éprouvé pour Svana. Mais si ce message lui parvenait… Ce pouvait être un lien retrouvé, un soulagement sans doute. La déesse reprit alors la parole, permettant à Njall de sortir de ses fantômes du passé qu’il croyait oubliés depuis longtemps. Ne plus penser à tout cela. Reprendre son rôle d’oreille attentive, car la réponse à son questionnement l’intéressait au plus haut point. Puis il comprit. Les affres de la politique touchaient autant les divins que les mortels, à la différence près que les répercussions dans le panthéon devaient être bien plus importantes. En effet, la situation semblait être compliquée, et l’érudit demeura un moment figé, son regard perdu dans le feu qui, peu à peu, diminuait en puissance. Il était tout à l’honneur de la déesse de vouloir conserver la stabilité parmi les siens, mais au prix de son propre bonheur ? Quelle solution ? Quel conseil, dans une telle situation, pouvait avoir de la valeur ? Pouvait-il d’ailleurs se permettre de prodiguer des conseils à une déesse ? L’idée-même lui semblait décalée. Mais, une nouvelle fois, dieux et humains n’étaient pas si différents que ça, du moins dans leur comportement…

« Ce n’est en effet pas une situation enviable, et je ne saurais juger avec exactitude de la bonne manière de faire. Néanmoins, je pense que tu devrais mettre les choses au clair avec ton mari et, comment dire cela… » Il se massa les tempes, cherchant ses mots. « Ne pas oublier ta propre valeur. Idunn, déesse de l’immortalité, gardiennes des mythiques pommes d’or. Ce n’est pas rien, non ? »

Il s’amusa de ses propres mots et se releva lentement, s’étirant avec paresse. Au-dehors, il entendait vaguement quelques chants d’oiseaux épars : visiblement, l’aube approchait lentement, et la fatigue de la nuit blanche pointait en lui. Néanmoins, il n’avait cure de l’épuisement : comme toujours, l’esprit l’emportait sur le corps, et son esprit, justement, était on ne peut plus stimulé par cette rencontre, véritable cadeau du Destin.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Dim 14 Juin - 3:21

Tant de contraintes les liaient, chacun à leur manière. Prisonniers des conventions de leur propre monde, de leurs propres connaissances. Idunn trouvait leur situation bien cruelle, mais elle n’était pas assez jeune pour s’en trouver révoltée ou désireuse de mener la révolution dans son existence. Du moins… Pas pour le moment. Elle voulait croire qu’il lui restait encore suffisamment de trésors de patience pour se préserver d’une catastrophe silencieuse, muette mais pas moins tragique : celle de sa propre déliquescence.

« J’espère que tu trouveras la compagne que tu mérites. »

Les mots avaient franchi la barrière de ses lèvres sans qu’elle n’y réfléchisse vraiment. On aurait dit qu’elle aussi était victime de la fatigue, née de cette petite aventure décidément fructueuse, et qu’elle n’était pas décidée à regretter, bien au contraire. Une voix doucereuse s’employa même à lui murmurer qu’elle reviendrait en ces lieux. Elle reviendrait voir Njall. Elle aimait l’écouter parler, aimait également lorsqu’il se mettait à rire. Un rire qui jaillissait d’une gorge solide, porté par une voix chaude. Une voix rassurante. Elle leur promit en pensée une autre nuit sans sommeil, regrettant de ne pouvoir l’emporter avec elle pour l’entendre lui conter les us et coutumes de son peuple. Un moment, elle pensa à son âge. Quarante ans. Un sourire avait fleuri sur ses lèvres à elle. Il n’était qu’un enfant à côté de ses propres millénaires. Ce n’était pas important. Le mortel était suffisamment intéressant en lui-même pour qu’elle n’accorde qu’une brève attention à cet écart inconcevable pour l’esprit humain. Un moment, une idée folle la traversa. Que se passerait-il si elle lui offrait l’une de ses pommes d’or ? Retarderait-elle l’échéance de son vieillissement et de sa mort ? Lui offrirait-elle une vie plus longue, démesurément longue ? Le frisson du blasphème, de la violation du sacré, la fit trembler. Elle ne devait pas avoir des pensées aussi impies.

« Oui… C’est vrai… »

Absente, ses prunelles cherchèrent les siennes.

« Prie-moi, Njall. Prie-moi. »

On aurait dit qu’une autre femme qu’elle avait parlé, d’un ton plus solennel, plus… marqué par la méditation. Une voix que n’avait pas réussi à retenir celles de sa raison. Tant pis. Idunn s’obligea à revenir sur terre au nom de Svana Magnusdottir, le répétant une ou deux fois clairement pour en imprimer les syllabes dans son esprit.

« Très bien… Je me renseignerai auprès des Valkyries. J’en connais plusieurs, elles sont toutes sous les ordres de ma mère. Du moins, elles l’étaient. »

Songer à la trahison et à la division de leurs forces la peina, et elle se dépêcha de reprendre :

« Crois-bien que si elle se trouve parmi nous, je lui transmettrai chacune de tes paroles sans faillir. Je suis certaine que cela lui ferait très plaisir. »

La Gardienne voulut le rassurer, et son sourire se fit plus maternel, plus complice. Elle avait également noté de son côté l’arrivée de l’aube, et c’est dans un soupir résigné qu’elle se redressa avec lenteur, demeurant debout près de lui. Sa main trouva l’épaule de l’érudit, qu’elle effleura doucement avec amitié et affection.

« Je parlerai à Bragi. J’ignore ce qu’il en ressortira, mais… J’aurai essayé. »

Elle pencha la tête sur le côté, le considérant un moment, pensive.

« Tu es trop bon avec moi. Me permettras-tu de revenir te visiter ? Je ne voudrais pas me montrer trop envahissante, avec toi. Mais je dois dire que cette première visite fut… particulièrement instructive. Et c’est à toi que je le dois. Je ne tarderai pas à profiter de ton hospitalité, érudit. »

La déesse retira ses phalanges et couvrit de nouveau sa chevelure d’or, priant pour ne pas se faire repérer par d’autres mortels. Soudainement, elle n’aspirait plus qu’à retrouver le repos et le confort de ses appartements, priant pour que Bragi soit déjà levé et ne la questionne pas pour savoir où elle avait passé sa nuit. Quoique, elle ne devait pas se bercer d’illusions : il n’avait même pas dû remarquer son absence. Comme à regret, elle fit quelques pas près de la porte, n’osant l’ouvrir d’elle-même, se préparant déjà à affronter le dehors.

« Quelle direction dois-je emprunter si je souhaite me montrer discrète en contournant Tromsø, Njall ? »


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MessageSujet: Re: [Terminé] Affronter l'inconnu.   Mer 24 Juin - 15:40


Dire que les paroles d’Idunn ne le touchèrent pas aurait été un horrible mensonge, à la hauteur du blasphème. Seulement, l’érudit était un homme de raison, et la raison exigeait de ne pas montrer, autant que faire se peut, les quelques effusions d’émotion que la partie la plus primitive de son cerveau désirait libérer. Malgré cela, lorsque son regard se planta dans celui d’Idunn, lorsque la déesse l’enjoignit à la prier, lorsque les mots s’insinuèrent en lui, il eut le plus grand mal à dissimuler son trouble. Il y avait quelque chose de puissant, dans ces simples paroles. Une énergie, une intonation, quelque chose le dépassant. Ce qui n’était qu’une modeste plaisanterie, sans doute maladroite à déclarer devant une divinité, était à présent une chose importante, une chose à ne jamais oublier, une parole à honorer.

« Je le ferai. »

Il hocha la tête, heureux de savoir que, peut-être, ses mots atteindraient celle ayant fait de lui l’homme qu’il était à présent. Il avait depuis longtemps fait le deuil de leur passé car, après tout, toute histoire était destinée à se terminer : chercher une maladroite prolongation était contraire aux rouages du Destin. Malgré cela, s’il pouvait avoir au moins la certitude que sa mentor vivait dans la paix, après une vie de service auprès d’Asgard…

La main d’Idunn sur son épaule ramena la douceur sur son propre visage, ses traits se détendant, son franc sourire revenant bien vite. Il hocha la tête, satisfait de voir ses conseils avoir la possibilité de porter ses fruits. L’érudit avait toujours été étranger au concept des mariages arrangées et, bien qu’il comprenait les tenants et aboutissants de telles unions, il avait toutefois du mal à accepter de telles choses. Ainsi, si la moindre possibilité d’aider une personne prisonnière d’une telle chose se présentait, d’autant plus un être s’étant montré si agréable envers lui, il ne pouvait que faire ce qu’il pouvait pour apporter son soutien et ses conseils.

Les mots suivants de la déesse firent autant plaisir à Njall qu’ils menacèrent de le faire rire de manière fort incongrue en une telle situation. Envahissante ? Pensait-elle vraiment une telle chose ? La rencontrer était à ses yeux une chance inouïe. Pouvoir converser la nuit durant avec une déesse si avenante et accessible relevait du miracle. Quant à l’espoir de la revoir, cette perspective relevait du don divin. Bien sûr, il n’était nullement dans l’idée de l’érudit de laisser exploser sa joie, une réaction contraire à son tempérament habituel. Néanmoins, il se permit de prendre la main de la déesse dans la sienne, puis il s’inclina légèrement pour répondre :

« Je n’aurai de plus grand plaisir que de recevoir tes prochaines visites. Quoiqu’il arrive, ma porte te sera toujours ouverte, Idunn, je le promets. »

Il la suivit jusqu’à la porte, lentement, trainant presque ses pas, retardant de quelques millièmes de seconde l’heure de leur séparation. Posant la main sur la poignée de fer, il réfléchit quelques instants puis répondit :

« A cette heure, les pêcheurs risquent d’être réveillés, il vaut mieux éviter le fjord. Dirige-toi vers l’Est en sortant, tu resteras ainsi loin des principaux chemins, puis bifurque vers la forêt mitoyenne. Elle sera encore tranquille pour l’instant. »

Il ouvrit la porte, la lumière de l’aube s’infiltrant doucement à l’intérieur de la maison, les éclairant tous les deux d’une légère lumière, un voile matinal glissant sur leur peau.

« Ce fut un honneur de t’accueillir ici, j’espère te revoir vite. Une fois revenue en Asgard, n’oublie ta force, cette flamme qui continue de brûler en toi. Chère Idunn, que ton retour soit paisible. »

La déesse disparue telle un songe. La porte se referma derrière lui. Son corps aller s'affaisser sur sa couche. Ce moment étrange et enchanteur avait-il vraiment eut lieu ? Evidemment. Et ce ne serait pas le dernier, l’érudit le savait. Avec un sourire de simple joie, il ferma les yeux au même moment où les dernières braises du foyer mourraient. Des braises qui n’allaient pas tarder à être rallumée pour troubler la quiétude de tout le village. Mais à cet instant, encore bercé par cette rencontre d’un autre monde, l’érudit n’avait pas idée, et n’avait cure, de ce qui allait bientôt fondre sur Tromso.

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