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Rumeurs
- Var a tourné le dos à son roi. Il parait que la déesse des Pactes préfère aujourd'hui les grosses faveurs de Frey !

- On dit que depuis que Tyr a pris les fonctions de son frère aîné, personne n'aurait encore osé lui proposer un coup de main .

- A Tromsø, on hésite à dire si la petite Brynja est maudite ou chanceuse, car après avoir manqué de se faire brûler vive par un dragon, elle a manqué par deux fois la noyade, dont une durant les raids !



 
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 Only see what matters

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déesse de la terre

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MessageSujet: Only see what matters   Mer 4 Mar - 16:30

D
rapée d’une pèlerine sombre, la silhouette se faufile entre les bâtisses tout en jetant quelques coups d’œil par dessus son épaule. Asgard et son faste entêtant. Cela fait un moment que Jörd n’a pas foulé le sol de la Cité Eternelle, pas depuis qu’elle s’est aventurée au grand banquet pour fêter son grand retour. Elle peine à lever les yeux pour distinguer la cime argentée de l’architecture asgardienne. C’est vertigineux à lui en faire tourner la tête. C’est qu’elle préfère ses montagnes profondément enracinées dans la terre, pas ce château de cartes qui feint d’être solide. Il lui a fallu trouver du courage pour se rendre jusqu’ici. Voilà bientôt des semaines qu’elle s’est terrée à Alfheim, attendant le verdict en manquant de défaillir. Son fils, vacillant entre la vie et la mort. Elle n’aurait supporté de le perdre, se serait donnée raison pour un nouvel exil s’il n’avait pu survivre à l’assaut de Gungnir. Comment espérer renouer avec lady Sif et pouvoir tenir sa petite fille dans ses bras alors que par sa faute, Thor aurait perdu la vie ? Maintenant que la nouvelle du rétablissement du Prince Doré lui est parvenu jusqu’aux oreilles, Jörd peut enfin se laisser aller au soulagement. Et à l’appréhension. Car la voilà maintenant désireuse de se rendre jusqu’au palais pour parler à son fils. La laissera-t-on passer ? Ça, elle l’ignore.
A mesure qu’elle foule les pavés de la ville, la Terre sent son estomac se nouer. Elle évite avec précaution de croiser les regards qui viendraient à se risquer sous sa large capuche filée d’argent et préfère emprunter les venelles les moins fréquentées pour ne pas attirer l’attention. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la belle ne se sent pas à son aise dans la cité qu’elle a éreinté de ses mots et menaces. Le deuil, elle le lit sur la plupart des visages qu’elle prend le risque d’examiner avec circonspection. Elle vient de franchir le point de non-retour, il lui est impossible de faire demi-tour maintenant. Bras croisés contre son buste sous les pans de sa longue cape, Jörd avance d’un pas pressé avant de distinguer une carrure un peu trop proche dans son champs de vision. Par appréhension, la déesse s’incline de biais mais l’individu continue distraitement sa route et manque de la bousculer. C’est un jeune garçon qui lui arrive à peine aux épaules et qui la regarde avec des yeux emplis d’horreur et de confusion. Jörd reste immobile durant une poignée de secondes, saisie par l’expression qui transfigure ses traits puis reprend contenance en s’éclaircissant la voix. « Excusez-moi... » Elle le dépasse sans attendre, la gorge sèche et les mains moites. Quel indicible terreur a-t-elle répandu sur la terre de ses aïeuls ? Un bras coincé contre son aisselle, l’autre se porte déjà jusqu’à l’étoffe de sa pèlerine qu’elle remonte pour couvrir le bas de son visage. Sa respiration devient erratique et son cœur bat la chamade. Elle veut fuir, se précipiter hors de la vue de ce garçon pour qui elle a l’air d’être un véritable cauchemar. Le peuple ne voit en elle que la mère ingrate, venue s’accrocher aux nippes de son fils pour finalement lui causer du tort. Son histoire n’est plus que le reflet ondoyant d’un lac devenu fort paisible. Jörd se range contre le mur d’une venelle vide, laissant galoper son souffle chaotique au bord de ses lèvres tremblantes. Elle, incarnation de la nature bienveillante, n’est plus que le spectre de ses bons sentiments - l’ébauche d’une vengeance qui n’a su apporter nul repos à son âme meurtrie. La sensation de devoir une fois de plus se démener pour atteindre son fils, lui qui semble inaccessible, est une bataille de plus qu’elle n’est pas sûre de pouvoir mener. Elle essuie les quelques larmes qui troublent son regard et se redresse pour aviser la distance qui la sépare encore du palais. Ce pèlerinage lui semble être la chose la plus ardue qu’elle a du faire récemment. La bonté des Elfes de lumière qui l’ont accueilli n’a pas suffi à soulager les maux de la culpabilité qui se sont mis à lui ronger le cœur. Elle n’aurait pu survivre à la perte de son fils mais voilà qu’il est rétabli et la guette maintenant l’appréhension de savoir si oui ou non, Thor peut lui pardonner. Et Sif, la princesse qu’elle n’a pas vu depuis la bataille. En peu de temps, la belle a appris la mort prématurée de sa mère et la blessure meurtrière qui a menacé la vie de son époux. Ses griefs sont fondés - comment pardonner aux parents d’avoir ainsi piétiné la vie de leur propre enfant ? D’avoir ainsi porté atteinte à son bonheur et à sa sécurité ? Sur quelle épaule va-t-elle dorénavant pouvoir pleurer, maintenant que Darakan s’est retiré loin de son arantèle inquisitrice ? Hantée par leur dernière rencontre, Jörd a entrevu une facette de leur amour qui a eu vite fait de l’effrayer. Le fruit même d’une interdiction.
La déesse longe les murs et guette les dalles, son esprit errant au détour de ses inquiétudes. L’astre diurne décline lentement dans le ciel et Jörd lève le nez pour rendre hommage à Sól qui se tue à la tâche avant que son frère ne vienne prendre sa place dans la voûte céleste. Le regard de la belle finit par se porter sur les grandes colonnes qui ornementent de loin les portes du palais. Plus rien n’importe plus que cela, maintenant.



Par un soir ténébreux de l'arrière-saison. Dans un coup de rafale une graine emportée, tombant contre les murs d'une haute prison, entre de vieux pavés mal joints s'est arrêtée. Alors, comme sortant d'un funèbre sommeil, Elle émerge à grand'peine et s'exhausse de terre, et d'un suprême effort aspirant au soleil elle frémit d'espoir, la pauvre solitaire.
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MessageSujet: Re: Only see what matters   Sam 14 Mar - 16:44

Only see what matters

Une vindicte populaire



C'est un spectre algide qui rôde dans le royaume à la magnificence galvaudée qu'est l'illustre Cité Eternelle, l'on entend comme une banshee dans chaque essence, c'est une chorale délétère qui s'élève des ases qui feignent de reprendre un cours de vie usuel. Mais les stigmates sont là, les plaies suintent encore et tout est beaucoup trop frais pour être estompé. C'est une pléthore d'affects négatifs et pesants qui dilacère les citoyens et marquent les faciès de ceux qui arpentent les venelles, le temps sera peut-être le seul remède, panacée pour certains, cautère pour d'autres. Les gens se gondolent de remords et s'étranglent de doutes, cette année aura été opulente en déconvenues et en pertes, ses odes en seront noires, de tristes souvenirs que l'on grave dans l'Histoire. La paix résonne, jeune pousse encore incertaine de croître, mais on continue de quêter pour un responsable : Odin, pour ses actes ignominieux, Frey, pour son opportunisme vicieux, Thor, pour s'être complu dans l'inertie jusqu'au dernier instant, Jörd, la flammèche vindicative qui a embrasé Yggdrasil, Alfheim, pour sa félonie... Les fautifs font légions, il ne reste qu'à choisir.

Et celle dont on veut peut-être la tête de se frayer un sentier en tapinois, la vague à l'âme, mais déterminée à atteindre le palais royal. Il se dresse devant elle, il n'est plus très loin, elle pourrait presque sentir la fragrance de l'enfant qui lui manque tant. Mais alors qu'elle guette les hautes colonnes et se prépare à s'élancer, un projectile s'écrase juste à côté de son crâne, une mélasse peu ragoûtante qui lui éclabousse le visage. Les badauds alentours s'immobilisent tous, désarçonnés, et non loin, se tient un quidam à la main maculée de la même substance. Ses prunelles se dardent sur la silhouette qu'il a raté de peu, de très peu, et son regard se veut comme une pléiade d'aiguilles qui cherche à percer les viscères de la Terre. Il a à ses abords le jeune garçon qui, un moment plus tôt, a involontairement bousculé la déesse, et l'a reconnue par la même occasion. Il ne s'est visiblement pas fait prier pour aller en informer qui voudrait l'entendre, car cette attaque n'a rien d'un hasard. « La voilà, la belle Terre Mère qui s'incendie elle-même. » Argue soudainement l'assaillant, son phonème rauque annihile tous les autres sons, l'on entend l'ire tranquille, qui doucement bouillonne en son sein tel un poison qui se répand pernicieusement. Il n'a cure des spectateurs, il approche, sans la quitter de ses calots de sinople. « De quoi te caches-tu Faiseuse de Nature ? Aurais-tu quelque chose à te reprocher ? » Il l'atteint et se plante juste devant, tandis que la rachis de la belle est congloméré au mur. « Peut-être la mort de centaines d'innocents ? Ah, dis-moi, quel plaisir as-tu eu d'abreuver tes racines de leur sang ? Ta quintessence n'est donc faite que d'hémoglobine et de fange, et ce joli minois de tout bien camoufler. Laisse-moi accorder un peu plus ton physique à la laideur de ton être ! » Sur ces mots il ferme sa poigne sur la nuque de la sylphide, et de sa main dégueulassée, il enduit sa figure de ce qui n'est autre qu'un mélange d'eau, de boue et de denrées pour gorets. Il lui en fourre jusqu'entre les lèvres, ne lui octroie aucune chance d'échapper à la sanction, puis il la pousse sur un lit de poussière au milieu de la foule.

Foule qui se diversifie en réactions, l'on entend le nom de Jörd être chuchoté d'un bout à l'autre, les susurres quant à la situation s'intensifient, on la contemple tantôt avec pitié, tantôt avec rage. Puis, c'est un galbe féminin qui se détache, la femme est enlaidie d'une fureur incommensurable, ses doigts sont crispés au point que ses extrémités ressemblent davantage à des serres de rapace qu'à des mains humaines. Elle s'approche à son tour de l'Annardottir au sol, elle la méprise, et grogne enfin. « L'on devrait te ramener dans ta tour d'ivoire, que tu y crèves ! » Elle lui crache dessus, et provoque des éclats de voix dans l'auditoire. « Harpie ! » « Meurtrière ! » « Qu'on la jette à Svartalfheim ! ». On la voue aux gémonies plus qu'on ne tend vers la mansuétude, et elle ne peut pas s'échapper de cet enfer populaire. Pas avant de s'être justifiée.
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MessageSujet: Re: Only see what matters   Sam 21 Mar - 11:12

J
örd ose penser que son salut est à hauteur de ces quelques marches en pierre blanche et elle sent un tremblement imperceptible animer ses menottes qu'elle serre tout contre ses cuisses. Thor. Thrúd. Pourra-t-elle seulement darder un oeil sur eux sans défaillir ? Profondément affectée par le destin menacé du Tonnerre, elle a eu peu de temps pour s'imaginer comment pourraient se dérouler leurs retrouvailles. Jörd presse instinctivement le pas pour avaler les quelques mètres qui la séparent de l'escalier menant au palais royal mais un projectile la surprend dans un élan téméraire, la figeant d'horreur et de désarroi. Voilà que des perles de glaise à l'odeur rance viennent entacher son visage et elle les essuie d'un revers de main avant de lorgner en direction de la voix grinçante de celui qui l'apostrophe. D'un battement de cils empli de lassitude, la Terre vient à maudire l'intervention inopiné de l'asgardien qui la dévisage avec mépris. A croire que les batailles qu'elle a mené sont loin d'être terminées. Ramassant les quelques miettes de sa dignité qui a volé en éclat après cet assaut, la belle se tourne entièrement vers l'individu auprès de qui se tient le jeune garçon qu'elle a bousculé un peu plus tôt. Tous se sont immobilisés sur son sillage, offrant un regard curieux au face à face, et Jörd sent les prémices de la fureur parcourir ses veines à l'image du vindicatif qui la provoque. Inévitable. La déesse a tant redouté de voir ce moment venir tout en sachant que c'était illusoire de s'en croire à l'abri. L'homme s'avance, l'auscultant d'un regard mauvais tout en s'approchant d'elle comme le ferait un prédateur vers sa proie. Mâchoire crispée dans l'incapacité de dire quoi que ce soit, Jörd recule jusqu'à ne plus pouvoir trouver d'échapattoire face à la carrure masculine qui lui intime de se ranger contre un mur. Il lui saisit la nuque pour la contraindre à la docilité tandis que de son autre main maculée de boue puante, il lui peint un masque primitif. Même si l'expression de la belle oscille entre colère et chagrin, ses lèvres pincées ne suffisent pas à empêcher les doigts inquisiteurs de lui faire goûter à cette mélasse de saletés. L'humiliation la plonge dans l'impuissance et elle ne supporte guère tous les regards qui se portent sur leur règlement de compte. L'homme la bouscule et elle finit les mains dans la poussière, n'osant relever la tête tandis qu'elle renifle pour ravaler la douleur qui fait suffoquer son âme. Une femme s'approche pour lui cracher dessus, soulevant foule d'acclamations vindicative. Toute cette haine, cette cruauté, pour certains, elle distingue même de la pitié. Ce flot émotionnel visant à la destituer la rend fébrile avant qu'elle ne trouve le courage de se relever pour porter un regard autour d'elle. Cheveux défaits et glaise sur le menton, Jörd serre les poings à sentir ses ongles lui entailler les paumes. « Suis-je le monstre qui a envoyé vos enfants à la guerre ? » Leur demande-t-elle dans un grognement. « Cessez donc vos élans hypocrites. Chacun d'entre vous aurait désossé son souverain pour lui faire payer d'avoir touché à un seul cheveu de sa descendance. » Car les parents sont prêts à tout pour protéger les leurs, au-delà de toute cette loyauté exigée par leur roi. « Je regrette d'en être arrivée là... Alors qu'Odin n'a pas même sourcillé lorsqu'il a envoyé vos enfants sur le champs de bataille en sachant pertinemment ô combien il est fautif. Ô combien il a failli à sa parole de souverain. » Les yeux humides de larmes rageuses, Jörd oblique un regard vers l'homme qui l'a pris à parti. « Pendant mille cinq cent, j'ai été enfermée loin de mon fils tandis que mon bourreau s'arrogeait son amour, brodant un tissu de mensonge pour couvrir son larcin. » Articule-t-elle avant de s'avancer vers les marches, cherchant à franchir la barrière humaine qui l'en sépare. « J'entends bien votre colère, j'entends bien votre mépris. Mais jamais plus quiconque ne m'empêchera de voir mon fils. » Elle essaie tant bien que mal de rester digne malgré ses apparats de souillon et la menace permanente qui plane autour d'elle. Dans les profondeurs, la terre se met à gronder imperceptiblement, menace sentencieuse face à l'humiliation qu'on lui fait subir.


Par un soir ténébreux de l'arrière-saison. Dans un coup de rafale une graine emportée, tombant contre les murs d'une haute prison, entre de vieux pavés mal joints s'est arrêtée. Alors, comme sortant d'un funèbre sommeil, Elle émerge à grand'peine et s'exhausse de terre, et d'un suprême effort aspirant au soleil elle frémit d'espoir, la pauvre solitaire.
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MessageSujet: Re: Only see what matters   Dim 22 Mar - 23:29

Only see what matters

Une vindicte populaire

 

C'est un conglomérat de haine et d'âpreté qui compose les bonnes gens de la Cité, qui d'usuel ne se prêtent pas aux lynchages populaires, décorum oblige. Mais ils ont tout omis de leur bienséance, ne rauque plus que les affects rudoyés qu'ils camouflent sous leurs chatoyants atours. Victime ou bourreau, la place de Jörd dans l'innommable épopée est encore indéfinie pour la grande majorité, et il faudra du temps, longtemps, avant que l'ire magmatique des innocents ne se rassérène. Mais, Elle qui avait été oubliée de tous durant plus de quinze siècles, n'avait-elle pas aspiré à se remémorer à tous ? Voilà qui était chose faite, revenue sur le devant de la scène, pour le meilleur, et surtout pour le pire. Si elle n'avait point auguré se faire lapider sur ses tréteaux, elle apprend désormais qu'une vengeance, aussi légitime soit-elle, est propice de faire d'une flammèche un grand brasier ardent. Elle a été le réceptacle de l'égotisme d'Odin, et il lui faut aujourd'hui boire le calice jusqu'à la lie, et être le broc de la vindicte qui gronde tel un orage intangible. Mais elle trouve toutefois la force de se relever, faisant front, opiniâtreté en fer de lance, à ceux qui menacent de l'enfoncer plus bas que terre – une ironie dont ils se réservent vraisemblablement le plaisir. Certains dardent sur sa témérité un regard de mépris, ils auraient préféré la voir racornie sur elle-même dans son lit de poussière, mais si même le Père de Tout n'a su se débarrasser d'elle, qu'est ce qu'une horde de mécontents pourrait bien faire ? Elle n'est pas docile, la nymphe qui de ses entrailles a fait naître l'Inexpugnable, celle qui, d'un rebond d'humeur, fait frémir les viscères des royaumes comme nul ne le peut. Elle parle, avec le même discours qu'elle brandit depuis son retour, c'est la preuve qu'elle n'est pas la succube versatile que d'aucuns croient. A dire vrai, même eux, ceux qui s'amoncellent en tourmenteurs de fortune autour de la souillon, peuvent entendre la voix de la mère qui quémande son fils. Mais après tout ce dont elle s'est rendue coupable, ils ne prêtent plus intérêt à ses doléances, la pitié s'est éteinte dès les premiers heurts qui ont frappé les peuplades dans la plaine de Nornheim.

« Délatrice ! » Le quidam fait barrage devant Jörd de son corps musculeux, il n'a pas l'intention de la laisser passer. « Odin a peut-être failli à sa parole d'amant, mais il a tenu Yggdrasil debout pendant plus de six mille ans ! Il a agi dans l'intérêt de la majorité, dans l'intérêt du peuple, parce que si notre Père de Tout n'est pas parfait, ce n'est pas l'égoïsme qui motive ses actes ! Il a retenu la guerre aux portes d'Asgard jusqu'à ne plus pouvoir ! » Ses paumes heurtent les épaules de la dryade, qu'il bouscule derechef vers l'arrière pour la renvoyer à son point de départ. « Le Prince Doré a déjà une mère, Sa Majesté Frigga a su en faire l'homme qu'il est aujourd'hui, et c'est une chose que tu ne pourras pas reprendre ! » Le bélître s'apprête à poursuivre, mais un projectile le cogne en pleine tête – une chaussure vient de lui remettre les idées en place, celle d'une femme qui, pieds dénudés, tient ses jupons d'une main et son second escarpin de l'autre. « Par la grâce des dieux, fichez-lui donc la paix à cette pauvre dame ! » Elle veut lancer de nouveau, mais la poigne de celui qui semble être son époux l'en empêche. « Cesse donc, cela ne nous regarde pas ! Cela nous regarde ! Penses-tu que cela soit juste de la molester devant auditoire ? Oserais-tu ?! Je... » Le mari devient penaud, son regard échoue sur l'Annardóttir, puis avance en mouvement large sur la foule attentive. Il prend le loisir de songer avant de se prononcer. « Non, je ne pense pas que ça l'est. Vous défendez cette garce ?! Je ne la défends pas, je n'ai pas oublié ce que sa résurrection nous a coûté, mais... C'est indigne d'Asgardiens d'agir de la sorte, nous avons suffisamment souffert sans en rajouter. » L'opinion suscite de vives réactions, toutes affûtées les unes que les autres, qu'il s'agisse de se porter en cerbère de la Terre ou d'en être un tortionnaire. Les phonèmes tonitruent, le différend mue en cacophonie, l'atmosphère se tend davantage, et il n'y a rien pour endiguer les prémisses d'une rixe entre plusieurs individus.

Les badauds se pressent, certains veulent assister, d'autres juste se réfugier le plus loin possible. Le mouvement de foule emporte Jörd qui se retrouve ballottée, poussée voire piétinée, elle manque d'y perdre son équilibre, mais un bras la rattrape avant qu'ele ne finisse sous les souliers. C'est un homme au faciès nivelé et à la barbe clairsemée d'opale qui la tient, il semble porter le poids de l'univers sur les rides qui le creusent, ses yeux cernés posent une oeillade lourde d'émotion sur la blondine à laquelle il s'adresse dans un presque conciliabule. « L'un de mes fils s'est battu sous l'étendard de la Garde Royale, l'autre, a déserté les Einherjar, et s'est rallié à Vanaheim. » Sa phonation est rauque, profonde comme issue du repli de son être, chaque voyelle distille ce qui résonne comme une affliction incommensurable, quoi que pudique. « Ils sont morts, tous les deux, à Nornheim. Aucune sacro-sainte guerre ne me les rendra, ni même quinze siècle d'exil dans une tour d'ivoire. » Et il la contemple, silencieux. Il déborde de motifs pour glisser ses phalanges autour de son cou gracile et comprimer jusqu'à ne plus pouvoir, cependant, il ne fait rien, il se contente de l'ostentation d'une souffrance qui ne guérira pas.
Une troupe d'Einherjar arrive enfin et tente de ramener une once d'ordre, le tapage et l'effervescence n'en sont que plus puissants, et il n'y a pour l'heure plus de possibilité d'emprunter les escaliers vers le palais.
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MessageSujet: Re: Only see what matters   Dim 29 Mar - 19:10

C
omment trouver le courage d’essuyer les injonctions méprisantes de la populace ? Jörd a beau se camper avec la résilience d’un arbre inflexible face à la tempête qui ravage tout, elle a beau songer à tous les mots qu’elle a déjà essuyé avant aujourd’hui - toutes les paroles acerbes et vindicatives qui l’ont heurté au plus profond de ses affects, honteusement lancées par Thor et Sif aveuglés par la foi en leur souverain - tout cela n’en reste pas moins douloureux. Finalement, ce n’est pas d’elle qu’il s’agit, mais encore d’Odin. La Victoire, le Père de Tout. Jörd a osé braver une fois de plus l’ordre établi en désirant arracher les œillères à tous ceux qui ne jurent que par les exploits du borgne, et voilà qu’elle en subi le revers de fortune. L’humiliation doit être savoureuse pour tous ceux qui la lorgnent avec dédain, tous ceux qui crachent leur bile en espérant la voir souffrir, hurler et pleurer. Jörd refuse de leur accorder cette maigre victoire. Durant mille cinq ans, elle est restée passive et impuissante, et elle n’est pas prête de leur accorder ne serait-ce qu’une once de satisfaction. Ils sont tous là, plantés autour d’elle comme une nuée de charognards guettant une dépouille, et la Terre visse ses yeux vers les colonnades de marbre encadrant la volée de marches qui lui paraissent inaccessibles. Le virulent se campe devant elle avant même qu’elle n’ait pu prendre de la distance et elle braque aussitôt ses lazurites glaciales dans ses yeux empreints de haine. Malgré le chagrin qui l’étouffe, la culpabilité qui la ronge, elle ne compte pas ployer l’échine devant ces hères incapables de voir plus loin que le bout de leur nez. Il est si aisé de réprimander les autres, lorsqu’on ignore soi-même ce que le délit de passion peut nous pousser à commettre. La menotte de la belle vient se refermer contre sa poitrine, protégeant le cœur lacéré qui bat la chamade à chacun des mots qu’elle entend. Elle laisse échapper un petit rire sec lorsque son interlocuteur brandit une fois de plus le flambeau du Père de Tout, la repoussant brusquement pour qu’elle ne quitte pas le cercle formé par ses bourreaux. « Qui êtes-vous pour juger ?! Qui es-tu pour décider si Frigga est la plus digne de nous deux à préserver l’amour du Tonnerre ?! » Gronde-t-elle, la mine froissée avec agressivité. Frigga s’est rendue coupable d’avoir été complice, malgré elle, du plan ignoble échafaudé par le Père de Tout pour garder la main mise sur son enfant. Même si Jörd se raisonne pour ne garder qu’admiration et gratitude envers la Maternité, l’ombre de son amour pour son tortionnaire ne cesse de la hanter. Avachie par l’assaut, Jörd se redresse avant de voir un nouveau projectile, fuser cette fois-ci sur le coin du museau ennemi. Surprise, elle reste coïte durant une poignée de secondes avant de balayer l’assembler d’un œil effaré. Puis elle voit cette femme, pudiquement révoltée par les assauts de ses comparses, ayant trouvé le courage de s’interposer entre la mère éplorée et son assaillant. Profondément émue par l’initiative de cette dernière qui intime à tout le monde de laisser la Terre tranquille, elle reste immobile, les bras serrés contre elle, oscillant entre vulnérabilité et morsure téméraire. Le mari tente de couper court et prendre de la distance mais les quelques mots de son épouse ont tôt fait de livrer un discours moralisateur. Oui, les Asgardiens sont tombés bien bas en se livrant à de telles démonstrations et le phénomène de masse est d’autant plus dangereux qu’il peut pousser les gens au pire.

Tandis que Jörd offre une œillade remplie d’une émotion contenue en direction des deux pacificateurs, l’agitation se fait plus féroce tout autour d’elle. Ils se bousculent tous, la circonspection mutine s’étant déliée pour laisser voix à la colère, à la rancœur et à l’indignation. Cela proteste de droite à gauche et la foule s’agglutine, malmenant Jörd dans de brusques mouvements. Son souffle erratique exhale un râle de douleur tandis qu’on la bouscule, menaçant de la jeter à terre mais une solide poigne la retient avant qu’elle ne la foule comme une moins que rien. Lèvres tremblantes, la belle redresse le chef pour plonger ses yeux dans les globes du vieil homme qui la soutient. Son visage est creusé par la lassitude, sa peau parcheminée témoigne du temps qui lui a pris beaucoup et la lueur de ses prunelles reflète l’écho moribond de sa propre souffrance. La déesse au crin flavescent n’a pas besoin d’attendre ses mots pour deviner qu’elle est responsable de sa plus grande perte - et pourtant, elle voit là le portrait d’un homme usé par la vie et par la guerre. Buriné par des années de ferveur, pour qui la mésentente a beaucoup coûté. Elle peut sans mal se mettre à sa place, goûter au désespoir de savoir sa descendance réduite à néant. D’être voué à vivre dans le souvenir, creusant plus encore la cicatrice qu’imprime la vie sur notre carne. Jörd ferme les yeux un instant, étouffant ses sanglots, refluant les larmes qui ne demandent qu’à inonder ses joues. La guerre. Elle est le plus grand des maux qui ravage l’arbre-mondes. La corruption qui anéantit tout Yggdrasil. Le poison qu’eux tous, distillent pour faire valoir leur liberté. Cet homme a perdu ses deux fils dans cette guerre qui les a confronté et Jörd souffre de voir ô combien leur race est sur le déclin. Dans l’expression d’une douleur partagée, la Terre pose sa main contre la joue de son interlocuteur. « L’on se bat pour ses croyances et l’on meurt pour ses idéaux. Pardonnez-moi, car ma vengeance vous a privé d’une famille. Je le regrette. » A peine lui souffle-t-elle ces mots dans un murmure que la belle se trouve déportée sur le côté. Les Einherjar s’interposent entre les badauds pour éviter tout débordement. Jörd, quant à elle, est comme absente malgré le remue-ménage. Elle se laisse entraîner sans se défendre, le regard porté vers les marches qui grimpent jusqu’au palais - face au salut qu’elle n’a pas mérité. Tandis qu’une cacophonie fait vibrer la place, les pavés s’ébranlent sous la force d’une entité nébuleuse plus téméraire que la populace qui se bouscule. Des racines surgissent, intimant aux gens de s’écarter mais ce n’est en rien agressif car c’est un arbre qui prend forme pour venir fleurir au milieu de la place. Le feuillage est pourpre, rappelant le vermeil du sang de ceux qui ont perdu la vie durant la guerre. Le sang des pères et des fils. Le sang des Hommes qui ont donné leur vie pour défendre la dignité de leur souverain et l’honneur de la Terre.

L’on peut essayer de chercher la responsable du regard mais déjà Jörd disparait dans les venelles qui mènent à l’extérieur de la ville. Ce monde n’est pas pour elle. Il n’est plus pour elle. Elle s’élance, se fichant bien des regards qu’elle interpelle sur son sillage et ne s’arrête, à bout de souffle, que lorsqu’elle se trouve à l’orée de sa forêt. Elle retombe sur le sol, incapable de jeter un œil par dessus son épaule pour réaliser ce qu’elle vient de perdre. Elle plaque ses mains contre son visage, recroquevillée contre la terre et se met à sangloter. Un bien piètre sacrifice pour toutes les vies qu’elle a sanctifié.



Par un soir ténébreux de l'arrière-saison. Dans un coup de rafale une graine emportée, tombant contre les murs d'une haute prison, entre de vieux pavés mal joints s'est arrêtée. Alors, comme sortant d'un funèbre sommeil, Elle émerge à grand'peine et s'exhausse de terre, et d'un suprême effort aspirant au soleil elle frémit d'espoir, la pauvre solitaire.
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MessageSujet: Re: Only see what matters   Dim 5 Avr - 0:04

U
n pépiement guilleret, la mélodie cristalline d'une ineffable innocuité, la vénusté angélique d'une fleur qui déployait à peine sa corolle virginale aux suaves rayon de l'astre diurne. Thrúd était une bribe de Valhalla, la panacée du Tonnerre térébrant qui, en sa présence, ne grondait plus que de rires énamourés. Lové dans l'étau infrangible des bras paternels, la petite princesse tentait de refermer sa minuscule poigne sur les pétales d'une rose au vermeil intense. Qu'importaient les prémisses de la saison hiémale, les jardins de Frigga étaient et demeuraient comme au paroxysme de l'été, un havre de quiétude aux nuances et aux fragrances chamarrées. Un endroit que tous appréciaient à sa juste valeur, l'aîné du couple régalien le premier, et il lui semblait que la chair de sa chair ne se lassait pas d'en découvrir toutes les frondaisons. Plus attendri qu'il ne l'avait jamais été de quel que visage poupon que ce soir, il la contemplait, occultant tout de ses coercitions qui n'en finissaient plus de l'affliger. Si l'atmosphère du royaume s'était rasséréné, le firmament n'en était pas pour autant sans nues importunes, et il ne pouvait plus confier les brides d'Asgard à son père, comme il s'était tant de fois plu à le faire du temps où il avait été héritier – quand bien même l'était-il encore officiellement. Le couronnement approchait inexorablement, d'aucuns affirmant qu'il en retournait de l'évènement le plus mirifique que l'Arbre-Monde ait connu depuis l'accession d'Odin en personne. Le principal intéressé, lui, feignait encore de ne rien apercevoir à l'horizon, non pas envasé dans le déni comme il avait pu le faire avec la conflagration qui avait embrasé le tout Yggdrasil, mais simplement désireux de profiter des instants de paix qui lui restaient à savourer avant qu'on ne le coiffe de la couronne. Ceux-là se raréfieraient malheureusement, il en était conscient, tout autant qu'il était paré à être la clé de voûte de l'univers nonobstant les sacrifices que cela lui imposerait, car tel été le dessein pour lequel il était né.  Il rendrait ses parents fiers, et deviendrait un plus grand héraldique encore que le Prince Doré, il serait le digne successeur du Père de Tout en personne.

Mais en attendant de ce faire, il avait l'ardente aspiration d'ériger sa paternité sur les meilleures bases imaginables, car c'était la réalisation tangible d'un rêve qu'il berçait tendrement. Il logea son faciès tout contre le corps de l'adorable perle, qu'il chatouilla de sa barbe dorée pour finalement la voir s'agricher à lui tel un lionceau à la gueule de son père. A leurs abords, patientaient deux nourrices, qui prendraient la suite du pater dès lors que celui-ci serait mandé par une quelconque urgence, ce qui n'arrivait que trop souvent. Et il n'eut d'ailleurs qu'à ouïr une foulée empressée faire diligence dans sa direction pour comprendre que son accalmie en était à son crépuscule. « Votre Altesse ! Votre Altesse ! » Si les gouvernantes s'écartèrent en mirant le quidam à bout de souffle arriver, le blondin lui, ne prit même pas la peine d'essoucher son regard de la figure rieuse de son enfant. Bien plus que de l'indifférence, il avait tant pris marotte de ces apostrophes qu'il ne voyait plus l'intérêt de se ronger les sangs en attendant que l'émissaire ait récupéré sa respiration, autant arracher quelques secondes supplémentaires en compagnie de Thrúd s'il en était en mesure. « Votre Majesté, j'ai... j'ai... Quelque chose à me dire. Oui ! C'est... très... Urgent. Oui ! Je... » Le damoiseau s'obligea à retrouver une eurythmie suffisante pour cesser de balbutier à l'instar d'un inadapté, une attitude outrageusement inadéquate face au futur souverain. « Sur l'esplanade qui fait face au palais, les sujets se sont amassés en une horde irascible ! Ils crient au scandale et rudoient la déesse Jörd ! … Jörd ? » L'attention de l'Inexpugnable obvia enfin vers le messager. « J'ai fait envoyer les Einherjar en attendant que vous vous y rendiez. » Le guerrier fit choir une oeillade assassine sur le sol, vouant silencieusement aux gémonies tous ceux qui auraient osé s'en prendre, de près comme de loin, à la Terre personnifiée. « Tu as bien fait. Fais en sorte que le capitaine Ove soit mis au courant de la situation, et qu'il ramène l'ordre en ville le plus promptement possible. » Se disant, il confia précautionneusement la princesse à l'une des domestiques, il baisa son front, effleura sa joue rebondie de son index, puis esquissa un ultime sourire avant de se détourner de sa progéniture.

D'un pas altier, il progressa dans la charmille. Son bras se tendit alors, appelant à lui l'ouvrage de forge qu'était l'auguste marteau laissé dans ses appartements. L'arme frémit sur son socle, puis prit son essor jusqu'à la paume de son maître, auquel il permit de s'envoler à son tour jusqu'à courtiser les nuages d'opale. Il ne fallut qu'un coup d'oeil pour repérer la légion d'irascibles qui, vraisemblablement, en était venue à la rixe. Ce fut fort heureusement sans compter l'intervention de la Garde Royale qui se dispersait avec stratagème, et séparait déjà les belligérants trop échauffés. Thor, lui, se posa sur une toiture contingente à la scène, et se mit à fureter des calots depuis son juchoir pour tenter de repérer le crin dont il avait hérité l'ambre. A l'instar d'un rapace prêt à fondre dès qu'il aurait sa cible en ligne de mire, il guetta, en vain, avant de prendre la décision de planer au-dessus des venelles, car l'Annardóttir ne pouvait être bien loin. Et ce fut la providence qui l'étreignit inopinément lorsqu'il distingua  la belle s'évanouir en direction de la sylve, son galop soulevé par une bourrasque fraîche qui lapidait son galbe gracile. Il la vit échouer sur les rotules avant d'atteindre le seuil des immenses arbres qui jaugeaient leur créatrice, impuissants, contrairement au fils qui dans les cieux, sentit son palpitant se tordre de peine et de consternation. Voilà que la Terre hydratait ses propres racines de ses pleurs, ne laissant à l'Orage que l'opportunité d'imaginer les ignominies qu'elle avait dû cueillir aux lippes de ses agresseurs. Sans plus attendre, il descendit jusqu'à se poser juste devant elle, si délicatement qu'elle ne sembla même pas l'entendre. Le mastodonte divin s'accroupit, il apposa une paluche doucereuse sur le râble de la sylphide, patienta qu'elle redresse ses mirettes pour lui octroyer une risette avenante, et il la prit enfin dans ses bras, calant son joliet visage contre son épaule pour qu'elle puisse y larmoyer si le coeur lui en disait.

« Je suis là, tout va bien. » Se surprit-il à agir, davantage à l'image d'un père que d'un fils, comme s'il ne s'était point encore purgé du rôle qu'il venait tout juste de quitter. Il caressa sa crinière et son échine, suinta de toute sa ferveur filiale pour qu'elle y puise le réconfort nécessaire. Il ne s'écarta que lorsqu'elle l'y invita, et vit enfin les souillures qui maculaient sa figure, sans comprendre ce que ces scélérats avaient bien pu lui faire subir. Une foudre vindicative se mit à luire dans ses rétines au bleu subitement obscur, il visualisait déjà les châtiments dont il gratifierait les coupables s'il parvenait à leur mettre le grappin dessus, tandis que ses doigts se chargeaient de nettoyer la glaise malodorante sans se préoccuper de la facture de ses atours royaux. « Ces wargs abjects... ! Comment osent-ils te glavioter dessus ?! Ils ne l'emporteront pas au Valhalla, j'en fais le serment ! Ils ne t'ont pas meurtrie j'ose espérer ? » Et ses yeux d'arpenter la silhouette de sa génitrice pour vérifier qu'aucune plaie ne suintait son hémoglobine, car auquel cas, il aurait déchaîné une fureur innommable sur les fautifs. Cependant, ses maux semblaient être d'ordre psychologique plus que physique, une piètre source de soulagement lorsque l'on savait tout ce que la naïade avait déjà enduré ces dernières lunes, voire ces derniers siècles. Et si, fut un temps, il n'avait souhaité que son anathème, il n'était plus question que quiconque l'égratigne aujourd'hui. Ses pattes labourèrent les trapèzes de sa mère, essai frivole pour la détendre pendant qu'un mutisme circonspect les emmaillotait. Mais il aboutit à la convier à se relever, fort d'une volonté expansive. « Accroche-toi à moi. » Il n'attendit pas réellement qu'elle s'y attèle, et l'agrippa de lui-même pour reprendre son envol.

Il prit garde à ce que la flânerie aérienne ne soit pas trop désagréable pour Jörd qui, contrairement à lui, n'était assurément pas accoutumée à ce moyen de pérégriner. Insolite mais rapide, et heureusement pour elle, leur destination se trouvait proche, au coeur de la forêt qui les accueillit par ses chants harmonieux. Ils se posèrent dans une paisible sommière, où le Flavescent porta la donzelle jusqu'à l'orée d'un maigre cours d'eau. « Là, voilà de quoi te rafraichir un peu. » Dit-il en la déposant sur une roche, que le feuillage tombant d'un arbre pleureur surplombait. Il en profita lui-même pour nettoyer ses mains couvertes de mélasse, l'air pensif, puis entonna. « Que s'est-il passé ? » Il soupira et opina négativement du chef. « Et où étais-tu ? A Alfheim, je suppose ? Tout ce temps. J'aurais dû chercher après toi, je suis désolé... Je ne pensais pas que tu réapparaîtrais avant le couronnement, j'ai tant à faire depuis mon rétablissement que j'en perds mes priorités... »


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MessageSujet: Re: Only see what matters   Dim 19 Avr - 16:05

L
a douleur dans sa poitrine est poignante, comme si les mâchoires puissantes d’un loup féroce tentait de lui arracher le coeur, cherchant à se repaître de ses chairs jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Jörd aimerait parfois se statufier au milieu de la sylve et prendre racine en son sein pour en rester la fervente protectrice. Elle est dorénavant tellement lasse de souffrir des turpitudes profondément humaines. Ses phalanges s’emmêlent dans l’herbe et plantes vivaces qui rampent au sol - l’humus de cette vie qui lui parait pourtant si loin. Elle sanglote tout contre cette terre qui l’a vu naître, espérant obtenir un vague réconfort de ce contact mais ne ressent que davantage le vide absolu qui se creuse en elle. Les paroles de ses assaillants raisonnent encore dans son crâne à lui faire perdre tout sens des réalités. Elle est dans une spirale obsédante, embourbées dans les miasmes d’une rancœur dont elle est la matrice. Coupable jusqu’aux os. Tourmentée par les regrets, hantée par les images de ses visages tordus par la haine et la tristesse, la belle n’entend ni le froissement de l’herbe sous les pieds du Tonnerre ni sa présence à ses côtés lorsqu’il ploie l’échine pour l’inviter à se redresser. Le visage crasseux de la Terre s’incline et elle semble suffoquer de surprise et défaillir de soulagement en voyant les traits sereins de son fils. « T... Thor... » Hoquette-elle, clignant des paupières pour chasser les larmes qui embrument sa vision. Elle tâte la joue du Dieu, craignant de rêver éveillée à présent que celui qu’elle désire ardemment voir se trouve devant elle. L’étreinte qu’il lui accorde la fait baigner dans un enthousiasme fébrile et c’est lorsqu’il la conforte de quelques mots que la Terre trouve le courage de s’écarter pour offrir une œillade émue à son fils. « Laisse-moi te regarder... » Commence-t-elle, trop heureuse de voir Thor se tenir devant elle en chair et en os, ayant finalement recouvré la santé après le coup porté par Gungnir. Mais voilà que le Tonnerre s’indigne férocement de la voir ainsi malmenée. Tandis qu’il s’échine à nettoyer le minois tâché de crasse, il exulte avec fureur contre les impudents qui ont osé faire ça. Il l’examine, manifestement prêt à repartir guerroyé contre ses assaillants mais Jörd tente de le calmer en lui étreignant le visage. « Non... Thor... ça ira. Maintenant que tu es là, ça ira. » Confesse-t-elle, honteuse d’en être réduite à ne vivre que pour lui. Récemment, beaucoup de choses se sont brisées dans les certitudes téméraires de la donzelle et elle essaie tant bien que mal de ramasser les quelques bribes de sa personne qu’elle a perdu dans la confrontation avec son bourreau. Touchée par l’emportement de Thor qui irradie d’un souci protecteur à son égard, la belle finit par se redresser à sa demande pour s’accrocher à son galbe puissant. Lorsque Jörd se sent soulever du sol, elle se crispe de la tête aux pieds, jetant un œil hagard à la sylve en contrebas. Guère habituée à prendre la voie des airs, la Terre oscille entre malaise et fascination. Mère et fils sont à la fois si différents et complémentaires qu’elle en oublie souvent les contradictions qui se mussent sous l’égide de leur famille. Même si Jörd n’en mène pas large, elle comprend ô combien ce doit être enivrant de faire corps avec un tel élément. Serrée contre Thor, la belle trouve le courage de vriller un regard en direction d’Asgard. Vu d’ici, la Cité Eternelle ne semble pas si terrible mais la Terre y voit l’irrémédiable traumatisme qui l’en tient dorénavant éloignée.

Lorsque Thor s’aventure plus au cœur de la forêt pour la déposer à proximité d’un petit ruisseau, Jörd accueille son retour sur terre d’un petit soupir rassuré. Cependant, elle peine à dénouer ses bras de son fils, songeant à la douleur que le savoir entre la vie et la mort ait pu susciter en elle avant qu’elle n’ait la confirmation qu’il soit tiré d’affaire. Elle a beau se dire que son angoisse n’a plus lieu d’être, elle souffre de ce vide et de ces non-dits laissés après la bataille. A peine assise sur la rocaille, la Terre se penche pour plonger ses mains dans l’eau froide et soulager ses écorchures. Elle coule une œillade réservée au Tonnerre qui fait de même à ses côtés avant de prendre la parole pour l’interroger. Elle reste muette le temps de ses questions et chasse sa confusion en levant une main vers lui. « Non. Ne t’excuse pas. » Lui glisse-t-elle avant de recueillir de l’eau pour se l’appliquer contre le visage et recouvrer un minimum de dignité. « Je ne mérite pas autant de sollicitude de ta part, Thor. » Articule-t-elle péniblement en fixant son reflet trouble scintiller dans l’ondée. « Tu as failli mourir... Par ma faute. » Elle se mord les lèvres, sent l’émoi brasser ses affects avant d’inspirer et jeter un œil dans sa direction. « Tu n’aurais pas du t’interposer... Je ne me serai jamais pardonnée d’avoir provoqué ta perte. » Elle distille la gravité dans le timbre de sa voix avant de reprendre. « Mais tu es là, aujourd’hui. Auprès de ton épouse et de ta fille, et je suis tellement rassurée. » Jörd étire un sourire avant de se pencher pour saisir la large paluche de son fils et la serrer dans sa fine menotte. « J’ai fait tant de mal à ton peuple. Il est si facile de guerroyer sous l’égide de la vengeance, luttant aveuglément pour retrouver ce que l’on a perdu. Mais lorsque j’ai vu tous ces Ases... Ils ont tous perdu quelqu’un par ma faute. Je comprenais leur colère, je voyais leur fureur - et même malgré toutes ces raisons que je leur ai donné de me haïr, certains croyaient encore à la paix des royaumes. » Jörd plaque une main contre sa bouche pour étouffer un sanglot puis elle ferme les paupières, quelques traces de boue humide maculant encore ses joues pâles. « Sif... Pourra-t-elle me pardonner ? Toute cette douleur dont on a accablé votre famille ? » Elle pose ses mirettes sur le visage du Lion, le portrait touché par une certaine candeur. « Votre fille... » Son murmure se perd dans le silence, cette seule mention suffisant à raviver de vives émotions.



Par un soir ténébreux de l'arrière-saison. Dans un coup de rafale une graine emportée, tombant contre les murs d'une haute prison, entre de vieux pavés mal joints s'est arrêtée. Alors, comme sortant d'un funèbre sommeil, Elle émerge à grand'peine et s'exhausse de terre, et d'un suprême effort aspirant au soleil elle frémit d'espoir, la pauvre solitaire.
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MessageSujet: Re: Only see what matters   Dim 26 Avr - 18:47

L
e soulagement qui suintait par tous les pores de la carnation d'albâtre ne le trompait pas, les quelques tribulations qu'elle avait endurées sur l'esplanade avaient dû être une ondée de surins dans son cœur que d'aucuns méjugeaient aussi froid que le Septentrion. Les écueils n'avaient guère pris fin avec la conflagration – n'y avait point d'achèvement, aux épreuves de la vie, d'autant plus lorsque celle-ci était immuable. Quinze siècles n'avaient pas été de trop pour occulter l'existence de la Terre personnifiée, combien en faudrait-il pour lui pardonner ce que l'affliction et la rancune l'avaient amenée à faire ? Rares étaient les alliances infrangibles, aussi probes fussent les sentiments à les forger, l'intérêt personnel était une hache ensanglantée qui en coupait le lien net, parce que la survie était parfois une notion que l'on préférait à celle de l'abnégation. Jörd avait été une cause juste à défendre pour certains, un oriflamme opportun pour d'autres, et qui restait-il pour l'étreindre lorsqu'elle abreuvait les radicelles de ses pleurs ? Un fils, qui l'avait stigmatisée presque aussi longtemps qu'il avait vécu, cet enfant, qui aurait été prêt à l'occire par cécité filiale, ce descendant, qui avait été l'acide de ses maux et devenait l'onguent de ses plaies. L'ironie n'avait d'égale que la beauté de cette évolution, même s'il demeurait du chemin à parcourir avant que l'harmonie ne reprenne ses droits naturels. Sourire, d'une joie intestine, il ne l'avait vu faire qu'une seule et unique fois, le jour où il s'était fait absoudre de ses erreurs et de son inimitié mystifiée pour accepter ce qu'elle était réellement : sa génitrice. Il ne voulait plus être le spectateur impuissant de ses larmes et de ses risettes chagrines, le sort n'avait été que trop ignominieux envers elle pour qu'elle ne mette pas enfin un point d'orgue à cette désolation qui lui agglutinait à la silhouette à l'instar d'une seconde peau putrescente. Et seule, il savait qu'elle ne pourrait trouver l'ataraxie, pas même une once, elle avait besoin de lui, besoin de retrouver cette considération d'antan qui faisait d'elle, une personne à part entière, Un être vivant, tout simplement.

Qu'elle se refuse opiniâtrement à être le réceptacle de sa dite sollicitude le fit sourciller, il ne pouvait endurer l'idée qu'elle se sente indigne de lui, trop galeuse pour qu'il assume, finalement, le rôle qui était le sien auprès d'elle. Qu'elle se soit persuadée de sa non-valeur n'était en rien surprenant, à défaut d'être inique, car elle était la première à avoir omis sa qualité infuse après avoir été honnie et traînée dans la fange comme elle l'avait été. Davantage brisée et meurtrie qu'elle ne voulait bien le concéder au vu et au su de tous, Thor n'avait pas hérité de sa fierté exacerbée seulement de son père. La sylphide lui saisit soudain la patte, suave mouvance et effluves d'amour maternel, avant de battre sa coulpe comme s'il était le bras armé d'une Justice qu'il n'incarnait que partiellement, son puîné en étant le véritable parangon. Les orbes azurées fichées dans celles de Mère Nature, un rictus le fit très sincèrement partager la tourmente qui la rudoyait avec une violence suffocante. Plus à fleur de peau que jamais, il lui fallait distiller ses craintes et ses regrets, chercher grâce chez le quidam qui serait potentiellement capable de lui apporter celle des sujets. Mais elle sembla faire naufrage dans les eaux troubles de sa détresse, aussi l'adonis ne perdit pas un instant pour apposer sa seconde paluche sur les phalanges graciles de la déesse, comme pour la rappeler à lui avant qu'elle ne sombre dans d'insondables abysses. « Là, calme-toi. Thrud se porte comme un charme, tout comme Sif depuis qu'elle me sait tiré d'affaire. Notre famille est en meilleur état que les apparences ne le suggèrent, et nul d'entre nous ne te blâme pour tout ce qui s'est passé. Crois-moi, la fille de feu Vidar est amplement plus préoccupée par son futur couronnement que par te vouer aux gémonies, et elle n'est point sotte, elle sait parfaitement faire la part des choses – encore plus maintenant qu'elle a mis au monde. Ce que tu as fait, elle l'aurait sans hésitation fait pour notre enfant, elle te comprend plus que tu ne le crois. Tout ce que tu glaneras chez elle, c'est de l'empathie, et une volonté affûtée d'ouvrir l'avenir à la paix. »

Ses lippes s'évasèrent en un doux sourire, qu'il espérait être un éclat de réconfort même éphémère. Il se redressa ensuite, sans rompre leur contact, et à la berceuse diaphane du cours d'eau, reprit avec une sérénité déconcertante. « S'il y a une chose que j'ai apprise ces dernières lunes, c'est que l'on ne peut seoir à tout le monde. Quelle que soit la voie que tu décides d'emprunter, il y aura des dommages, et des spectres pour consumer ta force d'âme. Le sacrifice est une déchéance nécessaire à la sauvegarde de ce qui importe le plus, nous en sommes tous coupables, et victimes à la fois. L'Histoire qui a été écrite n'est plus à rédiger, il est vain de se morfondre. Notre peuple en est encore à sa convalescence, laisse-lui le temps de voir que l'espoir scintille à nouveau comme l'astre de Sol – laisse-moi, le temps, de leur offrir les foudres d'un futur glorieux et paisible. » Lui dire qu'elle était innocente aurait été l'accabler de mensonges, elle devait porter le poids de ses bévues, assumer ses actes manqués comme était prêt à le faire le fruit de ses entrailles qui, nonobstant toute la peine endurée, avait manifestement tiré profit de l'expérience. Tout en ayant préservé les convictions qui étaient les siennes, il avait gagné en maturité, et surtout, semblait s'être émancipé de toute influence encline à tuméfier son jugement et sa quintessence.
Soudain, d'étranges échos attirèrent son attention sur son flanc gauche, et sa vision captura les soubresauts de plusieurs frondaisons, bien moins inanimées qu'elles ne paraissaient l'être. Il soupçonnait en effet quelques arbres-penseurs de rôdailler dans les environs, inconsciemment appelés par les affects malmenés de leur créatrice qu'ils auraient voulu serrer dans leurs branches. Même s'il pouvait en être jaloux, il était bon de savoir que d'autres « poupons » seraient là pour elle si lui venait à ne pas l'être, Jörd était bien moins seule qu'elle ne le pensait. « Mh... » Fit-il en adressant une lorgnade suspicieuse à la sylve attentive. Ses doigts glissèrent sur la main de l'Annardottir, qu'ils relâchèrent ensuite pour mieux se poser sur les hanches du monarque à en devenir, qui reporta son regard sur son interlocutrice. « Quoi qu'il en soit, Yggdrasil devra faire avec le fait que tu es celle qui m'a donné la vie. Même si je ne t'obligerai jamais à vivre sur Asgard, tu y as ta place, tu l'as toujours eue. Mes ouailles vont devoir s'accoutumer à te voir à mes côtés, je t'ai perdue une fois, et je n'ai pas l'intention de laisser cela recommencer. » Il cligna des paupières, le faciès sculpté dans le plus grand des sérieux. « J'aimerais que tu sois présente au couronnement, cela me paraît être un bon début. Viendras-tu ? »


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MessageSujet: Re: Only see what matters   Dim 3 Mai - 21:27

L
e ressac intérieur vient enfin à se calmer - malgré l’usure et le dépit. Son fils est là maintenant, tout prés d’elle et le cauchemar de le voir perdu à jamais s’éclipse de ses pensées soucieuses. D’un œil humide, elle regarde le faciès du lion se découper à la lumière qui filtre par les frondaisons. Son fils est maintenant père, et même si elle a subi une ellipse forcée, elle ne peut que se réjouir de voir l’homme qu’il est devenu. Il lui intime de recouvrer un semblant de quiétude, sa paluche sur la sienne dans une étreinte tendre et rassurante et elle soupire longuement avec l’envie de s’excuser. Comment peut-elle être d’aussi piètre compagnie ? A force de porter son masque de douleur, il n’y aura bientôt plus d’espoir pour son âme meurtrie. Du plat de sa main, Jörd essuie les larmes qui tracent des sillons clairs sur ses joues sales. Elle agite les quelques mèches blondes qui encadrent son visage puis incline une expression plus sereine en direction de Thor pour ôter l’inquiétude de son faciès. Il dit que la petite Thrùd se porte comme un charme, tout aussi bien que sa mère qui se sent mieux maintenant qu’il est hors d’atteinte de la mort. En imaginant ce que Sif a du endurer, la Terre devient blême - mais elle se reprend en fermant les paupières. Rien ne peut changer ce qu’il s’est passé. Il ne lui reste maintenant plus qu’à composer avec les conséquences de son entêtement. La rancœur qu’elle ressent envers Odin s’est éclipsée au-delà de sa conscience avisée. Il est destitué et si elle ne pourra recueillir l’ichor du souverain sur le fil de sa lame, elle se contentera de contempler sa déroute. Les paroles de Thor font plier l’échine de la belle qui songe à ce que l’instinct maternel peut pousser à faire. Curieusement, malgré tout le mal qu’elle a causé et les plaies qui demeurent dans les tréfonds de ses affects, Jörd sait pertinemment qu’elle serait amenée à recommencer. Car le chemin qu’elle a emprunté, aussi pénible soit-il, a été nécessaire pour regagner sa place au sein de la civilisation asgardienne - que ce soit en ennemie ou en amie. En redressant le chef, la déesse cherche véracité dans les prunelles de son fils. Dit-il ça seulement pour la rassurer ? Eparpiller ses affres au gré d’un vent d’espoir ? Sif aurait toutes les raisons de lui en vouloir mais il est vrai que beaucoup de sang a coulé à cause des batailles qui se sont livrées sans merci. Peut-être que le peuple est las, malgré toute l’amertume qui réside. Peut-être que les conflits sont bels et bien terminés, lassés de cette époque sanglante. « Ne dis-tu pas ça pour épargner mon chagrin ? » Le questionne-t-elle en lui pressant de nouveau les mains avant de les ranger contre ses cuisses dans une mimique résignée. « Bien qu’on le dise, il est difficile de faire une croix sur le passé. S’il en a été ainsi pour moi, imagine comme cela va être pénible pour les asgardiens à qui j’ai pris quelqu’un. Un parent, un enfant, un ami. » Jörd apprécie le sourire doux et sincère que lui adresse Thor. Cela lui semble si lointain, ce moment où nulle gravité ne les retenait tout deux dans leurs responsabilités. Dressé à quelques mètres d’elle, il lui tient un discours bercé par un réalisme touchant. Non, ils ne peuvent certes pas plaire à tout le monde et la vie est une lutte perpétuelle pour des idéaux qui ne peuvent guère convenir à tout le monde. Un sourire fendille le minois triste de la belle qui lève les yeux vers son fils. « Tu dis vrai, et tu parles comme un roi. Un roi en qui il serait difficile de ne pas offrir aveuglément sa confiance. » Elle est sa mère et elle se jetterait volontiers en pâture au manque de discernement pour suivre le Tonnerre dans ses décisions. Et pourtant, elle sait très bien que c’est ainsi qu’Odin a finit par se croire au dessus de tout. « Je suis heureuse. Heureuse de m’être battue pour te retrouver. Et même si mes moyens ont été préjudiciables, le regretter aujourd’hui ne servirait à rien. » Elle veut croire en cette nouvelle paix mais songe aussi à ceux qui ont essayé d’atteindre son fils en lui faisant miroiter leur sympathie. Les Elfes Noirs. Svartalfheim a été sa terre durant des siècles interminables mais elle n’a que mépris pour le peuple qui a osé se jouer d’elle. Elle serre les poings et grimace en se remémorant le faciès des traîtres lorsque les masques sont tombés. Quelle vésanie de sa part d’avoir cru pouvoir s’associer avec eux. En jetant un regard suspicieux sur la forêt frémissante, Thor attire l’attention de sa mère qui ressent dès lors l’avancée furtive de ses enfants. Créatures chimériques de bois et de sagesse, les arbres penseurs se remuent intuitivement dans les méandres de la sylve en espérant venir lénifier les inquiétudes de leur mère. Jörd sait ô combien Thor les voit d’un mauvais œil, mais ils sont le fruit de sa créativité, les gardiens de son élément. Comme pour prendre le pas sur la présence des arbres, le Tonnerre presse la main maternelle avant de se camper fièrement, assurant qu’elle a sa place parmi eux - et qu’il se fiche de quiconque puisse dire le contraire. Jörd sourit tendrement, reconnaissant là l’esprit inflexible de son fils. Mais si auparavant, lorsqu’elle a du le convaincre d’entendre la vérité, ce trait là s’est apparenté à un défaut d’irascibilité, elle le reconnait aujourd’hui comme une vraie bouffée d’air frais. Il affirme refuser de la perdre à nouveau et elle sent son cœur se gonfler d’une étrange félicité. « Je pourrai braver la colère du peuple entier pour venir voir ma famille. » Cela parait irréel d’énoncer ce mot. Famille. Cela fait si longtemps qu’elle n’a pas eu l’impression d’appartenir à un tout. A sa question, Jörd trouve la force de se redresser, sans manquer de vaciller un peu. Pourra-t-elle coudoyer ceux qui la voient comme une ennemie pour voir son fils rayonner. Evidemment. « Je viendrai, sois en sûr. » Même si cela doit être pénible, même si elle doit essuyer des regards méprisants, la déesse se fait la promesse de s’y rendre. Elle croise les bras contre sa poitrine avant de faire quelques pas, venant à s’attarder près d’un tronc pour s’y appuyer longuement. « Pardonne-moi, même si je le voulais, je crains de ne pas pouvoir vivre entre les murs du palais. A vrai dire, j’ai peur de ne pas pouvoir vivre loin des montagnes asgardiennes et de la forêt. Cela fait si longtemps que je les ai délaissé. » Et comment trouver le courage de croiser la famille royale à chaque détour de couloir ? De subir les regards mesquins et les jeux d’hypocrites à longueur de journée. « Mais je serai jamais loin et je ferai en sorte de venir le plus souvent possible. A défaut d’avoir pu te voir grandir, c’est devant ta fille que je compte m’ébahir comme une grand-mère gâteuse. » Elle laisse échapper un petit rire fluet qui ravive la sylve de ses couleurs. « Comment se passe la reconstruction ? Ne sois pas trop sévère avec ceux qui m’ont prêté main forte dans ce combat. Ils avaient tous leur raison. » Lorsqu’elle dit ça, elle pense surtout à Sól, une mère éplorée parmi tant d’autres qui se bat pour sa liberté.


Par un soir ténébreux de l'arrière-saison. Dans un coup de rafale une graine emportée, tombant contre les murs d'une haute prison, entre de vieux pavés mal joints s'est arrêtée. Alors, comme sortant d'un funèbre sommeil, Elle émerge à grand'peine et s'exhausse de terre, et d'un suprême effort aspirant au soleil elle frémit d'espoir, la pauvre solitaire.
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MessageSujet: Re: Only see what matters   Mer 3 Juin - 18:14

L
'ataraxie n'était malheureusement pas universelle, elle avait elle aussi nécessité de son pendant négatif pour pouvoir exister à son paroxysme. Ainsi, il fallait que certains s'épanchent de rivières lacrymales pour que d'autres puissent faire risette, il fallait que quelques-uns déplorent une perte pour que d'aucuns savourent des retrouvailles. Le nectar de la relation entre Mère Nature et le premier de ses enfants ne s'était récolté qu'au gré d'une conflagration qui laisserait une estafilade au faciès des Neuf Royaumes. Une magnificence balafrée, mais toujours d'actualité, et que le souverain à en devenir avait l'intention de souligner de par son règne. Il était pour lui ardu de se réjouir ou de se lamenter sans que la culpabilité ne lui ceigne le gosier, centre involontaire de la guerre dont ils souffraient encore des flammèches. Elle se disait heureuse d'avoir pris les armes en dépit des dommages collatéraux, et sans cette hardiesse incommensurable, elle serait à jamais restée ce spectre sans faciès, source d'une aversion frustrée et effigie de l'égotisme par excellence. Son nom traîné dans la fange, alors même qu'elle était la Terre – elle était la Vie, quelque part, et pas seulement pour celui qu'elle avait couvé dans sa matrice durant neuf mois. Les événements dont ils avaient été les protagonistes seraient pour toujours lithographiés dans les archives d'Yggdrasil, mais pour autant, il était vain de labourer ce qui était puits d'affres et d'affliction. Thor n'était pas de nature rétrospective, une fois accomplie, une action se figeait dans l'éternel, et rien, pas même les Nornes elles-mêmes, n'étaient enclines à la modifier. Le futur était autrement plus substantiel, et il était aujourd'hui plus que temps que Jörd réapprenne à mirer l'horizon, plutôt qu'à contempler les remous dans le sillon du navire de l'Existence. Elle était celle qui l'avait engendré, lui, elle possédait en son sein plus de puissance que la vaste majorité des femmes des Neuf Contrées, lui suffisait de se reposer sous l'arcane de l'espérance et de la volonté. C'était un huis ouvert vers celle-ci qu'il lui offrait en lui suggérant de venir au couronnement, durant lequel elle se devrait d'affronter ses erreurs les yeux dans les yeux. Une promesse d'inconfort, voire de souffrance aphone, et pourtant, la perspective d'être auprès de son enfant pour l'un des jours les plus importants qu'il aurait à vivre outrepassa tout aspérité négative. Elle viendrait, qu'importait le prix, ce qui fit fleurir un sourire enchanté sur les lippes du Tonnerre fort tranquille pour l'occasion.

« Je comprends, ne t'en fais pas. » Répondit-il spontanément quant à l'improbabilité de la voir venir loger au palais. Elle ne faisait guère partie de ce monde-ci, l'opulence et la mondanité n'avaient pour elle qu'un éclat terne en comparaison à la sylve et à l'eau diaphane. Les fondamentaux de leur nature, faits de simplicité mais de joliesse. Il ne doutait pas que la symphonie cristalline d'une rivière lui serait toujours plus mirifique que les compositions d'Ida elle-même, que des baies sauvages seraient plus sapides que l'ambroisie asgardienne, et le flanc d'une montagne, plus protectrice que l'enceinte d'une Cité, même sempiternelle. C'était là, arc-boutée à un tronc d'arbre, qu'elle était belle. Et elle ne sera jamais loin, comme elle le dit si bien, car à défaut d'avoir pu être une mère, elle serait une grand-mère accomplie. « Rien ne me ravirait plus que de te savoir présente et importante dans la vie de Thrud, quand bien même est-elle une princesse, je tiens à ce qu'elle soit proche de ses origines. » Se disant, ses phalanges saisirent une branche tombante, dont il caressa les feuilles avec la suavité adéquate pour ne pas les déchirer. Sa fille était enfant de Tonnerre et d'Eau, petit-fille de Terre, il lui fallait nécessairement développer et entretenir une relation avec la Nature dans son sens le plus complet, c'était tout du moins ce qu'il désirait pour elle.

Le sujet se transvasa à un autre, que le blondin aurait pu aborder avec sérénité si un récent conciliabule ne lui était pas revenu simultanément en mémoire. Il sourcilla légèrement, et vint se tenir à la hauteur de la sylphide tout en observant évasivement les alentours quiets. « Ce n'est pas tant une reconstruction qu'une réunification, n'y a concrètement que la plaine de Nornheim qui ait été enlaidie par la bataille. Nous nous sommes occupés à la... débarrasser des vestiges de la guerre, si je puis dire, mais là-bas, l'herbe et la terre restent teintés d'un écarlate funèbre. Je ne suis pas sûr qu'elle retrouvera son paysage originel avant longtemps, et me reste encore à m'occuper de toutes les affaires diplomatiques et judiciaires, en compagnie des conseillers, et de Tyr. » Parmi celles-ci, la félonie de certains, bien qu'il se garda de le préciser. Il la guigna, bras croisés, et reprit. « Les nains refusent toujours de rentrer à Vanaheim tant qu'ils n'auront pas touché la récompense promise par Odin, il en est de même pour Nidhögg, bien que j'aie réussi à persuader ce dernier de ne pas transformer un autre hall du palais en bivouac. » Ce qu'avait d'ores et déjà fait le petit peuple de braves guerriers et émérites forgerons, mais ils étaient davantage aisés à loger que le Dévoreur de Cadavres. Thor secoua sensiblement le chef, quelle folie de la part du Père de Tout que d'avoir été jusqu'à quémander l'aide de l'un des plus féroces dragons de l'Arbre-Monde.

« Nous avons tous nos raisons d'agir, cela ne signifie pas pour autant qu'elles sont justifiées, ou même vénielles. Je n'ai pas l'intention de mettre tous tes partisans aux fers, si telle est ton appréhension, je sévirai le moins possible. » Il se tourna vers l'ondine. « Cela étant, prince, roi, ou fils, tu ne peux te permettre de parler en mon nom. » Malgré lui, il la couvrit d'une oeillade suspicieuse, et poursuivit. « J'ai cru comprendre que tu y étais pour beaucoup dans l'audience inopportune que la déesse du Soleil m'a réclamée. Je sais que tu avais besoin d'alliés et que tu dégorges d'empathie, mais cela ne doit pas t'amener à faire des promesses à ma place, ou même à supputer de mes décisions, en particulier lorsqu'elles sont de cet acabit. » Il lui saisit tendrement les épaules et effleura sa peau d'albâtre de ses pouces, pour lui prouver nonobstant l'intonation employée, qu'il ne lui en tenait pas abusivement rigueur. « Libérer Sol de sa malédiction... c'est une requête à ne pas prendre à la légère. Je ne peux me permettre des actes de bonté à profusion, là n'est pas la question de savoir si leur châtiment est inique ou non. Nous avons besoin des Astres, c'est une besogne dont quelqu'un doit s'acquitter, si ce n'est pas elle, ce sera une autre, et je mettrai ma main à trancher que nous n'aurons pas de volontaire. Libérer une âme pour en condamner une autre, ce n'est jamais qu'une justice pour une injustice. » Il avait compris, à présent, que l'on ne pouvait ni contenter, ni sauver tout le monde, et il n'en serait pas autrement. Il relâcha sa génitrice, patienta un moment, avant d'élever ses calots vers le firmament ensoleillé. « Et pourtant, j'ai accepté... Je pensais qu'il suffisait de défaire ce qui avait jadis été fait, comme l'on brise un enchantement lambda, mais j'ai mésestimé la puissance de cette magie. » Il revint sur le portrait de l'Annardottir. « J'ai essayé, je te prie de me croire. Mais ni Sol, ni Mani, ne peut être libéré de son anathème. Même mortels de naissance, leurs âmes ont fusionné avec leurs astres, au même titre que je porte le tonnerre et l'orage en moi. Rien, si ce n'est le trépas, ne pourra les soulager. »


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MessageSujet: Re: Only see what matters   Lun 22 Juin - 23:08

T
hor comprend et la Terre en est soulagée. Elle ne désire pas se tenir à l’écart d’eux - de cette famille qu’elle a tant rêvé avant de pouvoir la contempler de ses yeux ébahis. Et pourtant, elle doit avouer que l’indomptable nature est son monde. Plus jamais la belle ne désire se tenir entre quatre murs. Cela fait émerger bien trop de douleur et voile son regard de l’obscure terreur face au silence et à la solitude. Que Thor n’imagine pas la vie de la petite Thrud loin de ses origines la rassure. La civilisation corrompt, d’une manière ou d’une autre - une certitude qui a toujours ébranlé Dame Nature au point de garder à l’écart. L’attention particulière que le Tonnerre démontre envers une fine branche dodelinant au gré du vent arrache un sourire affectueux à la mère. Son fils l’entêté, personnification du fracas, est aussi capable de la plus infime douceur. Il le lui a prouvé maintes fois depuis qu’il a entendu raison à son sujet. Tandis qu’il s’approche, Jörd s’émeut devant le portrait du souverain qu’il est devenu. Il se prête au costume à merveille et la flavescente ne doute pas qu’il remplira sa fonction avec bien plus de discernement que son paternel avant lui. Lorsqu’il lui explique que le champ de bataille a été débarrassé mais demeure imprégné du sang de ceux qui sont tombés, Jörd baisse les yeux et se rappelle du discours tenu par ce vieillard qu’elle a amputé de deux enfants. Le mal-être subsiste, malgré les mots et les remords. Dans cette guerre, chaque parti s’est battu pour ses propres intérêts et Jörd sait que se serait déplacé de grimacer face au comportement des alliés d’Odin. Ne s’est-elle pas faite tout bonnement trahie par ceux qui l’ont libéré de sa geôle ? En souvenir des Elfes Noirs et de leur discours méprisant, la Terre serre l’émail et se mord la langue. Leur félonie la hante encore et elle redoute de croiser un jour leur engeance, ne pouvant museler cette rancœur qu’elle leur dédie. Thor dit faire preuve de mansuétude même s’il ne soutient aucune des raisons qui ont porté cette guerre et Jörd lui coule une œillade circonspecte. A ses paroles réprobatrices, la déesse devine qu’il évoque le cas de Sól. L’accusation n’est pas innocente et la Terre se voit même vexée lorsqu’il insinue qu’elle ait pu vouloir appuyer sur cet argument pour préserver la déesse du Soleil de son côté. « Je n’ai formulé nulle promesse de ta bouche, Thor. Je lui ai seulement promis d’accéder en sa faveur auprès de toi. Il est vrai que son histoire m’a émue. Elle aussi a subi une injustice. » Si le ton peut sembler froid, la déesse s’adoucit lorsque son fils lui prend les épaules, signifiant qu’il ne lui en veut pas plus que de mesure pour son initiative. Jörd sait tout ça - que les Astres sont nécessaires et que personne ne veut endosser cette tâche. Une punition, voilà ce que ça semble être. Et pourtant, malgré tout son bon vouloir, la Terre elle-même ne pourrait se résoudre à endosser le rôle du Soleil ou de la Lune. Leur sort est cruel. Nécessaire mais injuste. La mine rembrunie par l’impuissance, Jörd s’incline contre le tronc d’arbre, ses longues phalanges lovées contre l’écorce. « Et pourtant, j'ai accepté... Je pensais qu'il suffisait de défaire ce qui avait jadis été fait, comme l'on brise un enchantement lambda, mais j'ai mésestimé la puissance de cette magie. » Interdite, Jörd repose ses globes sur le faciès grave de son fils. Elle lit en lui la volonté de sauver ces deux âmes - peut même voir leur reflet se confondre en l’espace d’un battement d’aile. « Thor... » Qu’il ait essayé, qu’il ait cru en l’espoir d’arracher une mère à sa douleur l’émeut aux larmes. La Terre ne peut expliquer pourquoi elle s’est tant accrochée au sort de Sól - sûrement parce qu’elles sont similaires dans le fond, maternelle et combative. Et qu’on leur a ôté tout bonheur sans vergogne pour les enterrer sous la rancœur et le fureur désespérée. D’un geste lent, Jörd ramène une main contre sa panse, brusquement éreintée par le poids des mots. Il n’y a pas pire geôle que celle dont on peut seulement être délivrée en trépassant. « Je comprends... » Elle ne doute pas qu’il ait tout fait pour porter secours à la jeune mère éplorée comme elle se souvient parfaitement du jour où ne connaissant pas encore sa vraie identité, il l’a porté et réconforté. La flavescente inspire profondément avant de se saisir des mains puissantes de son fils pour les serrer entre les siennes. « Merci, Thor. Merci d’avoir essayé. » Il y a beaucoup de choses, qui - dans ce monde - l’exaspère. Elle voudrait tant retourner dans sa bulle d’inconscience, auprès des chênes et des fleurs. Oublier que dans le monde, il y en a qui souffre d’une perte ou d’un manque. Que la frustration et la colère conduisent à la corruption de l’âme et disperse toute bienveillance. La pauvrette chancelle quelque peu sur ses appuis avant de se laisser couler contre la sylve. « Je ne sais plus qui je suis... Déchirée, je ne sais plus distinguer qui de cette mère aimante et sensible ou de cette femme bafouée furieuse et mesquine me représente la mieux. » Elle replie ses genoux contre son buste, son minois pâle fardé de crasse. « Peut-être devrais-je m’exiler un temps sur Midgard pour m’y retrouver ? J’ai besoin de me confondre avec la terre. J’ai besoin de me retrouver loin du peuple que j’ai fait souffrir par quelque égoïste dessein. » Elle se frotte lentement les tempes avant de pincer ses lèvres églantines d’une moue troublée. « Je ne supporte plus mon impuissance. Plus depuis que j’ai quitté Svartalfheim en jurant vengeance. » Quelques boucles blondes ondulent au gré du vent alors qu’elle reprend la parole. « Il est d’autant plus difficile de revenir à Asgard avec la certitude de pouvoir changer les choses alors qu’il n’en est rien. Sombre illusion. » Un sourire finit par ébranler le portrait triste de la belle qui fait l’effort de se hisser pour se tenir auprès de son fils. « Les choses auraient pu être différentes mais je ne regrette rien. Même si Odin m’a arraché le cœur en te ôtant à moi, je suis contente de te contempler aujourd’hui. Je suis si fière de toi. » Elle lui caresse tendrement la joue avant de se hisser sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur le front. « Vas rejoindre Sif et Thrud. Je ne supporterai pas de t’arracher à ta famille plus longtemps. Je te promets d’être là pour elle comme j’aurais du l’être pour toi. Il me faudra seulement un peu de temps avant de pouvoir remettre un pied à Asgard sans que l’envie me prenne de détaler. »


Par un soir ténébreux de l'arrière-saison. Dans un coup de rafale une graine emportée, tombant contre les murs d'une haute prison, entre de vieux pavés mal joints s'est arrêtée. Alors, comme sortant d'un funèbre sommeil, Elle émerge à grand'peine et s'exhausse de terre, et d'un suprême effort aspirant au soleil elle frémit d'espoir, la pauvre solitaire.
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MessageSujet: Re: Only see what matters   Sam 27 Juin - 18:51

E
lle le remerciait d'avoir tenté d'apporter son aide à deux divinités qui auraient préféré être mortes depuis des millénaires plutôt qu'avoir à assumer les coercitions qu'ils possédaient aujourd'hui. Toutefois, Thor ne méritait aucunement d'être congratulé pour sa prétendue magnanimité, car il n'aurait probablement jamais cédé si le Soleil n'avait pas avancé un argument de poids : sa fille. A mieux y songer, c'était principalement pour la petite Sunniva qu'il avait essayé, quand bien même portait-il désormais un peu plus de considération à la mère de cette dernière. L'affaire était au moins scellé dorénavant, nul ne pourrait jamais rien pour la fratrie des astres, leur espoir allait devoir muer en volonté propre pour continuer de traverser l'éternité jusqu'à ce que leurs poursuivants ne fassent qu'une bouchée d'eux. Cela, en supposant que le Ragnarök apparaisse un jour, ce que le Tonnerre osait remettre en question en dépit de l'aveugle confiance qu'il plaçait en Frigga. La Fin des Dieux ? Cela sonnait illusoire, tout bonnement improbable pour celui qui était à présent assis sur le trône et aux cimes de sa forme. Contrairement à sa tendre génitrice, qui semblait s'être égarée dans les facettes de son âme. Non sans une expression compatissante, il acquiesça, lui non plus n'avait plus su qui être après sa fuite sur Midgard, alors il n'osait imaginer la concernant. Paradoxalement, elle avait de nouveau besoin d'isolement, dans un havre qui la ramènerait à ses racines, dans tous les sens du terme. Et Asgard n'était pas la contrée idéale pour cela, il le comprenait. « Je le conçois, tant que tu ne te confonds pas dans un silence complet, je t'encourage à aller te ressourcer loin du royaume. » Sa fierté l'empêcha de suggérer Alfheim, qui demeurait encore la plus belle terre d'accueil pour la Nature personnifiée. Elyas et Jörd devaient entretenir de bonnes relations, meilleures qu'elles ne l'étaient avec le nouveau roi des Ases pour le moment. Le blondin s'inclina vers l'avant pour permettre à la sylphide de lui baiser le front sans trop de difficulté, une main délicatement posée sur sa hanche qui manquait de forme – ce n'était assurément pas en quelques mois qu'elle retrouverait une pleine santé, il lui faudrait plus de temps, encore, pour pouvoir guérir tant psychiquement que physiquement. Et, voilà qu'elle le renvoyait à son palais doré, inquiète de le savoir loin de son épouse et de leur fille. « Je sais que tu le seras, et je tiens à ce que Thrud connaisse sa grand-mère. Comme je te l'ai dit, laisse un peu de temps, à toi, à Yggdrasil, et les choses ne pourront que s'améliorer. Où que tu ailles dans l'Arbre-Monde, n'hésite surtout pas à te tourner vers Heimdall si tu as besoin qu'il te ramène à moi, il veille toujours, tu le sais. » Un dernier regard, un dernier sourire qui trahissait l'émotion en son être. Les Arbres-Penseurs patientaient pour leur tour, prêts à étreindre leur créatrice dans leur frondaison, Thor était enclin à mettre sa jalousie filiale de côté si cela lui permettait de se sentir mieux. Il recula lentement, ne quitta le contact de la main maternel qu'à l'ultime seconde, puis il prit son essor pour disparaître dans la voûte céleste, et retourner à la Cité Eternelle qu'il espérait pacifiée de son effervescence vengeresse.


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