lienlien
Rumeurs
- Var a tourné le dos à son roi. Il parait que la déesse des Pactes préfère aujourd'hui les grosses faveurs de Frey !

- On dit que depuis que Tyr a pris les fonctions de son frère aîné, personne n'aurait encore osé lui proposer un coup de main .

- A Tromsø, on hésite à dire si la petite Brynja est maudite ou chanceuse, car après avoir manqué de se faire brûler vive par un dragon, elle a manqué par deux fois la noyade, dont une durant les raids !



 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | .
 

 Quite frankly my dear, I don't give a damn. (sigyn)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar
dieu du chaos

ϟ MESSAGES : 940
ϟ INSCRIPTION : 30/06/2014
ϟ LOCALISATION : Mêlé à la gouape d’Asgard, dans quelque taverne ou bouge qui soit.
ϟ HUMEUR : Triviale, décadente, hostile à toutes bonnes mœurs.



And when you fall from that parapet,the sound you'll be hearing as you go down will be me,laughing my head off. ❞



MessageSujet: Quite frankly my dear, I don't give a damn. (sigyn)   Dim 12 Juil - 21:24

L
a vindicte est d’un attrait parfaitement apocryphe. Onctueuse et affriolante, elle se présente aux fielleux comme une jouvencelle espérant qu’on la cueille, emplie de promesses orgastiques et exquises en la matière de courroux. Et puis, une fois saillie, une fois faite de tout son soul, elle devient une ribaude malséante, laissant derrière elle le goût âpre et regrettable de la désillusion. Et la déconvenue, c’était à n’en point douter ce qui garrottait le cœur tari du Freux qui, non peu fier d’avoir menée à terme sa croisade, se retrouvait nonobstant à arpenter les landes venimeuses de son esprit sans déceler trace aucune d’un moindre contentement. Longue avait été son autarcie, pourtant. Máni avait eu tout le loisir de trainer son astre au fil des cycles, Hati sur ses talons. Car nombreuses avaient été les nuits fluant sur le royaume de Midgard, assourdies, quelque part dans les landes septentrionales, par les cris rauques et malheureux d’un pauvre hère supplicié. Furieux, Loki n’avait guère chômé, tant et si bien qu’il discernait encore, quelque part au fond de ses tympans, cette sonorité robuste qu’avait été le phonème châtié. Oh, il avait fait de cette chasse une pure catharsis, oui. Un maelstrom de cruauté. Un chef-d’œuvre de barbarie. La chair avait été déchiquetée. Le corps avait été pendu. Des membres avaient été sectionnés, un à un, débutant par les plus menus, pour en venir aux plus gros, et ceci fait, les organes non-vitaux avaient été extraits avec soin, chirurgicalement. Et lorsque le martyr, approchant du salut qu’était son trépas, avait menacé de crever, les incantations et runes du Mage s’étaient subito mises en branle pour le ranimer, le raccommoder, le sauver, et, ainsi, réitérer de plus belles son abominable tourment. Cela avait tant duré que l’intéressé n’aurait pu dire le nombre de jours qui l’avaient tenu loin de toute civilisation ; mais un seul bain ne lui avait pas suffi à dépurer son entière carcasse poissée d’un odieux vermeil. Las, cet exutoire était devenu, au fil de chaque prorogation, un véritable pensum. Débiter en monceaux inexacts cette carne abîmée était devenu fatiguant, ennuyant, et toutes les nouvelles idées de torture qui lui étaient venues avaient été épuisées, absoutes par une trouble morosité. Alors, prédateur excédé par sa proie morne, le jötun avait daigné mettre un terme à ce méphitique carnaval, retrouvant quelque layon céleste le ramenant… eh bien, plus vraiment chez lui. Disons au moins là où il escomptait trouver le tendre réconfort d’une vie amorale, loin de cette terre d’Hommes où il ne voulait plus mettre les pieds jusqu’à… Jusqu’à ce que l’envie lui prenne de venir à nouveau morceler, écorner, éplucher, tordre, rompre,… sa victime, tenue – sur le fil de sa piètre existence – encore éveillée dans un antre de montagne rocheuse, et bercée par le ronronnement nocif de puissants sortilèges. Puisque l’obscène prince ne s’était, vraisemblablement, point décidé à lui offrir son éternel repos.

« Trois aigles ! » Le rauquement avait tonné fort, dans le charivari ambiant qu’était la taverne du Warg Borgne. Ici, nulle grâce, nul faste. C’était, comme tout bon maraud le savait, un repaire de canailles, de fripons, mais attention…! La crème de la crème parmi les plus vils et ignominieux pendards de la cité. Là, un sanglier trapu, ciselé de cicatrices et l’air méchant, qui jouait avec son poignard comme il l’eût fait avec sa propre virilité – si tant est qu’il lui en restât une, tailladé comme il était… – Ici, un énergumène efflanqué qui jetait des yeux noirs à tout – même aux ombres des objets –, menaçant à tout instant de leur fracasser la bosse sur le premier mur rencontré. Et ainsi de suite, un chapelet d’ordures que l’aubergiste, pas mieux affiné que les autres, régalait goulument dans la torpeur vespérale. Sur la tablée centrale, la plus oblongue de toutes, un chaland en particulier, mussé à l’instar de ses dangereux camarades par la pénombre des torches, attisait l’ambiance de forçats allègres qui régnait en ce lieu. « C’est fort peu. Quelqu’un d’autre pour relever ce ladre de Sigmund ? » Ledit Sigmund, un chasseur de primes presque aussi petit qu’un nain, s’ébroua dans sa barbe roussâtre, tandis que des compères aboyaient leur hilarité. « Un dragon de bronze ! Et la queue de Sigmund sur un plateau d’argent ! » Et celui-ci de cogner le bois de table si fort, que les bocks sautèrent en jaspant la surface de gouttelettes d’hydromel. « C’est dans ton gosier de puterelle, que tu vas la trouver ! » Nouveaux esclaffements, tandis que les deux frères d’arme, brusquement antagonistes, se levaient d’un bout à l’autre de la rangée pour exhiber chacun leur hardiesse – ce qui, d’un point de vue pleinement impartial, était grotesque, lorsqu’on comparait la taille cyclopéenne de Sejer à celle tassée de Sigmund. « Allons, allons, messieurs, vous vous égorgerez plus tard, nous sommes ici en pleins pourparlers », accusa d’un faux air outré le seul et unique qui, dans cette grappe d’ostrogoths mal léchés, conservait un raffinement que ces ignares de gredins prenaient pour être celui d’un dieu quelconque. L’ironie était là ; on honnissait ce félon de Loki, mais à moins d’être instruit ou d’avoir eu la (mal)chance de le croiser, peu d’ases en connaissaient son authentique portrait – d’aucuns allaient même jusqu’à lui prêter des cornes de bouc, des yeux grenat, et une monstrueuse hideur ; quelle insanité que cette dernière allégation, d’ailleurs ! Lampant un gorgeon, le vil bellâtre reprit. « Un dragon de bronze que ces mortels de Tromsø trépassent la gueule béante avant les deux prochaines lunes, c’est dit ?C’est dit !Dans ce cas, je double la mise et gage que ces vermines subsisteront malgré tout.Hah ! Ça m’ferait bien mal au séant ! Leur hameau entier a brûlé, à c’qu’on raconte, y avait des villageois encore vifs qui mugissaient bras en l’air, des flammes tout autour de leurs corps ! » Et ce disant de pouffer comme un buffle, avant d’avaler une sempiternelle rasade. « Disons que je spécule sur leur opiniâtreté. J’en ai vu un qui, désinhibé de toute frayeur, a frôlé de peu la mêlée divine pour ne serait-ce qu'entrevoir de ses yeux vu la bataille faisant rage contre le dragon et ce bougre de Sköll. Bien que, mon avis oscille… était-ce de l’opiniâtreté ou de l’incomparable ineptie…? Ma foi. Parions plutôt sur la nature de leur mort, je tiens à mon pécule ! » Les gorges rugirent des rires obscènes, féroces, et repartirent de plus belles les polémiques qui branlèrent longuement les sept attablés.

Plus tard dans la soirée, alors que les esprits étaient immergés de somnolences éthyliques et que les discussions enflammées se faisaient plus modérées – à comprendre que la moitié de la taverne était déjà face contre table –, une donzelle que le sylphe reconnut sitôt comme étant la fille de l’aubergiste s’approcha, interrompant l’échange discret entre le Farbautison et Ingvald, un clephte de triste renommée. « Je t’ai entendu parler de l’assaut contre le dragon de Tromsø. Y étais-tu ? »Vénusté drapée d’indigence, elle plu surtout au prince jötun qu’elle gonfla tacitement son égo à l'enquérir de la sorte. Il observa dans les globes juvéniles une kyrielle d’étoiles ferventes qu’il voulut sitôt dérober et étouffer dans de concupiscentes étreintes. « Non loin. » Admit t-il, contraint de taire son implication patente pour sauvegarder tout anonymat, avant d’étendre sa dextre et de harponner les nippes féminines pour l’accoler contre lui, lui faire perdre équilibre et la résigner à se laisser choir croupe contre ses cuisses. Elle eut un souffle indigné, ravivé par un roucoulement de coquine qui en a vu d’autres. Les paluches hardies du Freux coulèrent alors naturellement contre le râble de la nymphette et contre une cuisse qu’il dénuda à mesure que grimpait la pogne intrépide. « Immensurable était la bête, tu aurais dû voir ses mandibules ; prêtes à broyer un roc entier. Dans les airs, la créature a pilé deux drakkars par la seule force de ses membres, et son feu ! À faire pâlir ce bon vieux Surt. » À mesure que sourdait le phonème d’un grave altier, la naïade se laissait prendre entre les crocs du serpent qui berçait la nuque ivoirine de baisers licencieux. Le pater, trop occupé à trimer dans l’arrière-cuisine, ne verrait point sa descendance être prise au jabot – et encore que, parti comme c’était, elle serait bientôt prise tout court… –, aussi Loki n’astreignit guère ses élans que la belle simulait de repousser – sans réelle inclinaison. « As-tu combattu ? » Quelle question ! « Évidemment. Arme au poing… », vrombit-il, sans cesser de picorer la carne suave comme la peau d’une pêche mûre. La vilaine l’en railla. « Eh bien quoi ? » Cessant sa conquête, le vilipendé lorgnait l’oiselle en patientant l’accusation. « Arme au poing ? Contre un dragon…?! » Elle n’en croyait manifestement pas un mot. Il aurait dû en être offusqué, mais, après tout, c’était là un bon sens qu’il était rare de croiser parmi la canaille de cette fange. Mis à part l’épée de Ràn, aucune autre arme blanche n’aurait pu être d’un quelconque soutien durant la rixe infernale. Essuyant la morgue calomnieuse d’une risette oblique, il plongea sa main droite sous les hardes de l’ondine et fractura par l’imminence de son geste tout reste de bienséance. Doigts charnels, il s’introduisit là-dedans comme le plus brutal des pillards. L’autre en perdit son souffle – et tant qu’à faire ses impertinentes minauderies. Accrochant plus encore les épaules masculines, la donzelle expira le geignement d’une chatte acculée, dardant les prunelles lazurites du malotru qui, lui, n’en perdait pas une miette. « Je puis pourfendre bien des choses, n’en doute pas… »


un silence s'était fait dans son âme
This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing. William Shakespeare.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
déesse de la fidélité

ϟ MESSAGES : 1178
ϟ INSCRIPTION : 08/01/2014
ϟ LOCALISATION : Asgard, en secret.
ϟ HUMEUR : Funeste.



« together, we will live forever »


MessageSujet: Re: Quite frankly my dear, I don't give a damn. (sigyn)   Sam 1 Aoû - 6:31

L’inexorable frayeur qui l’envahissait au moindre cliquetis de cuirasse s’éteignait peu à peu. Il lui avait fallu apprivoiser cette angoisse comme un animal sauvage – elle la savait indomptée et imprévisible, mais apprenait doucement à la côtoyer sans néanmoins abaisser sa garde. Cloîtrée dans ses appartements, elle veillait sur ses fils, assoupis sur une même couchette, à bout de forces à trop avoir batifolé. Elle oubliait souvent qu’ils n’étaient que des enfants, mais remerciait les Nornes que les événements qui avaient secoué sa famille se soient déroulés alors qu’ils étaient encore trop innocents pour réellement saisir la portée de leurs conséquences. Ils comprenaient qu’ils n’auraient jamais la chance de s’amuser avec leur petite sœur, mais se consolaient de savoir que leur cousine, la douce princesse Thrúd, leur ferait office de cadette à choyer et à protéger. Lorsque le moment serait opportun, ils comprendraient; mais pour l’instant, comme si tout cela n’avait été qu’un mauvais rêve, ils se fiaient à leur mater lorsqu’elle les assurait que tout allait bien.

Sigyn commençait à croire à ce mensonge, elle aussi, comme envoûtée par le son de sa propre voix, sortilège malcommode tout autant qu’il était salvateur. Le nez plongé dans un livre, elle profitait de la quiétude de ces quelques pièces dont elle n’était guère sortie depuis son retour en Asgard. Celles-là mêmes où son tendre époux n’avait daigné montrer l’acier de son regard; Loki n’avait point donné signe de vie depuis la missive qui avait eu pour fruit le rapatriement de sa famille dans le palais où il avait été élevé. Elle ne s’inquiétait pas, mais osait parfois entrebâiller la porte de ses opulents appartements pour quérir des nouvelles de son mari auprès des Einherjar qui veillaient nuit et jour sur son bien-être. Mais jamais rien ne leur venait aux oreilles, et la Fidélité restait dans l’ignorance, espérant qu’un matin elle se réveillerait dans les bras de celui qu’elle avait épousé pour le meilleur et pour le pire. À cette pensée, un sourire ingénu étira les commissures de ses lèvres carmin. Depuis son retour, les couleurs chaudes de sa carnation revenaient tranquillement habiter sa peau, chassant de jour en jour le teint funeste qui ne semblait point vouloir l’abandonner. Une contribution non négligeable à la reconstitution de sa psyché; prendre un bain autrement que dans une rivière glacée, pouvoir prendre soin de sa longue chevelure auburn et maquiller ses grands yeux mordorés complétaient cet ensemble de petits luxes dont elle se délectait désormais encore plus qu’auparavant.

On toqua à la porte et son cœur rata un battement; le caractère de ce qui était soudain la prenait aux tripes maintenant plus que jamais. Elle miaula néanmoins une invitation à entrer qui se solda par l’intrusion d’un homme dont elle reconnaissait l’attirail : un Einherjar. « Dame Sigyn », fit-il, protocolaire, conjuguant son verbe à une révérence empreinte de respect. « J’ai cru que vous aimeriez être mise au courant du fait que l’on a aperçu votre époux dans une taverne non loin d’ici. » Les yeux de la Fidélité s’écarquillèrent alors qu’elle attendait, confuse, la suite des paroles de son interlocuteur. Or, rien ne vint – il se contentait de l’observer avec réserve, conscient sans doute du malaise de la femme à l’égard des capes dorées. « Vous m’en voyez ravie », finit-elle par lâcher sans pour autant sembler convaincue. « Je vous remercie. » Les mots se voulaient polis, mais expéditifs – la présence du soldat n’était pas sans accroître l’anxiété de la déesse, qui craignait de connaître de nouveau un semblable cauchemar éveillé. Conscient de ce fait, le soldat s’était éclipsé dans une autre courbette, laissant de nouveau la princesse dans le silence de ses quartiers. Un passage bref devant la vanité et un châle par-dessus sa crinière aux accents de brou de noix suffit à la motiver à partir en quête d’une raison pour laquelle ce n’était pas à ses côtés que Loki cherchait à se trouver à l’instant même. Était-ce la crainte d’être reconnu au sein du palais? Il en était le prince, après tout. Ou alors était-ce, comme pour elle, la réminiscence du massacre que le hantait à un tel point qu’il ne pouvait se résoudre à remettre le pied sous ce malheureux toit? La seule façon d’en avoir le cœur net était de s’adresser au principal intéressé – même si cela exigeait d’elle qu’elle le cherche dans les environs immédiats du palais, en dehors de la sécurité illusoire de ses appartements.

Le craquement de la porte ne manqua pas de surprendre les deux gaillards costauds qui se tenaient devant celle-ci. Un troisième, qui patrouillait, s’empressa de la rejoindre, s’enquérant de quelque mal qui l’aurait envahie. « Que l’on veille sur mes fils », exigea-t-elle simplement en rabattant le foulard couleur de minuit sur son crâne. C’est sans hésitation que l’un d’eux s’engouffra dans la pièce, refermant l’huis derrière lui. Les deux autres suivirent la déesse sans même qu’elle ne le demande, sans doute sous l’ordre d’un Thor inquiet – qui ne s’attendait sans doute pas à ce que sa belle-sœur quitte la sécurité de sa chambre, surtout pas pour vadrouiller les rues moins bien famées de la ville. Car c’était bien là qu’elle se dirigeait – les gardes qui l’accompagnaient avaient daigné lever le voile sur l’endroit où, selon la rumeur, le fils du Chaos s’était tapi, et les commentaires qu’ils avaient eu à formuler sur l’endroit n’avaient guère titillé l’intérêt de la demoiselle. Un endroit où les infâmes et les fangeux foisonnaient et où l’on ne retrouvait guère de distinction – un endroit qui ne convenait guère à son époux, quoiqu’elle n’aurait guère été surprise de l’y retrouver. Mais elle tenait à constater elle-même si ces rumeurs étaient fondées – et si elle l’y trouvait, elle tenait à lui faire part de sa plus abrupte déception. Flanquée des colosses d’or, elle traversa la ville, déserte à cette heure tardive, jusqu’à la porte de l’ignominieux endroit qu’elle était résolue à affronter seule. « Patientez ici », les instruisit-elle, avant d’essuyer un refus catégorique. « Ma dame, sauf votre respect, je n’irais pas moi-même seul dans cet endroit » lui confia l’un des deux hommes. Sigyn pinça les lèvres. À vrai dire, elle n’aimait pas procéder ainsi escortée dans un lieu où la présence de gardes royaux serait sans doute déplaisante. Elle avait également cette fierté entremêlée de courage qui, conjuguée à son mécontentement préventif concernant les possibles fréquentations de son mari, l’empêchait de profiter impunément des imposants gabarits des deux soldats qui se tenaient près d’elle pour causer l’émoi volontairement dans la taverne.

Elle avait dû se résigner à garder sur ses talons l’un des hommes, qui avait ôté son casque pour l’occasion, mais dont l’armure détonnait grossièrement des accoutrements types de ceux qui fréquentaient l’endroit. Elle comprenait pourquoi ses accompagnateurs n’étaient que peu disposés à faire comme s’ils connaissaient bien ce lieu – il n’en était guère un de raffinement et de bon goût, et nul individu doté d’une once de bon sens ne souhaiterait être associé à pareille soue. L’odeur donnait la nausée à la déesse – un mélange de fumée, de bois humide et d’alcool amer renversé qui lui rappelait vaguement une porcherie mal entretenue. Elle n’eut guère à s’aventurer trop loin pour remarquer le corbeau, dont l’aile s’était réfugiée dans le secret d’une robe vulgaire. Courroucée, elle avait saisi le bras indiscret de son époux pour l’extirper de l’antre – trop occupés par leurs ébats exhibitionnistes, son arrivée avait semblé passer sous le regard des brefs amants. L’or de son œillade incisive croisa momentanément celle de la catin, à qui la déesse lança, mordante, un « Je crois que l’on vous appelle » qui ne lui donnait guère le choix.

L’oiselle s’était retirée du confort procuré par Loki à contrecœur sans oser s’opposer, laissant à lui-même le couple qui restait anonyme aux yeux du reste de la populace – nul n’aurait osé imaginer que des gens de leur stature se vautreraient, même par nécessité, dans un tel endroit. « Je vois que mon intérêt est fade à tes yeux comparé aux atours des catins du quartier », cingla-t-elle, acerbe, entre ses dents aussi serrées que ses ongles sur le poignet malséant du freux. « Non, à vrai dire, que je passe en second plan reste acceptable. Mais n’as-tu pas pensé, ne serait-ce qu’une seconde, à tes fils? À ce que ton absence signifie pour eux? » Les jumeaux n’avaient que peu à voir dans l’histoire, tout compte fait. Seule comptait sa frustration immédiate et le secret odieux que gardait le dieu.
La Fidélité avait mérité son titre. Si elle était écœurée par l’état dans lequel elle avait trouvé sa moitié, elle n’en était pas moins persuadée de la nature temporaire de son égarement. « Je suis accablée par la déception. » Le constat était tombé comme un couperet alors qu’elle relâchait l’avant-bras meurtri de celui qu’elle avait épousé. Pire que frustrée ou dégoûtée, la déception de Sigyn s’appareillait au meurtre d’un animal mystique : amère et sans retour, d’autant plus déchirante à chaque seconde qui s’écoulait. Le soldat, posté quelque pas derrière elle, s’était avancé, mais elle lui signala sèchement de ne pas s’en mêler. Si Yggdrasil tout entier craignait les pouvoirs du sorcier d’ébène, elle pouvait se targuer de ne guère être intimidée par celui qu’elle savait avant tout aimant et dévoué – à sa façon. Les aptitudes mystérieuses qu’on lui prêtait et qu’elle savait véridiques n’avaient jamais effrayé la sylphide, et elle le connaissait suffisamment pour savoir que, même mû par la colère la plus foudroyante, il ne lèverait pas ses sorcelleries contre elle.

Code by Silver Lungs


do I dare disturb the universe
Qui ne sait pas que tous nos amours sont de la démence? Que tous nous laissent à la bouche la cuisante absinthe de la duperie? — Barbey d’Aurevilly.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
dieu du chaos

ϟ MESSAGES : 940
ϟ INSCRIPTION : 30/06/2014
ϟ LOCALISATION : Mêlé à la gouape d’Asgard, dans quelque taverne ou bouge qui soit.
ϟ HUMEUR : Triviale, décadente, hostile à toutes bonnes mœurs.



And when you fall from that parapet,the sound you'll be hearing as you go down will be me,laughing my head off. ❞



MessageSujet: Re: Quite frankly my dear, I don't give a damn. (sigyn)   Lun 3 Aoû - 3:34

P
oint de nymphette à désacraliser, ce soir. Non plus d’entrecuisse suave et juvénile dans laquelle glisser paluche… car s’en venait l’hydre, celle prénommée Responsabilité, jointe de sa cavalerie Matrimoniale. Vraiment, le Freux n’aurait jamais cru trouver en ce bouge la frêle silhouette de son épouse – c’était même là tout son dessein ; musarder dans les entrailles fécondes de l’indigence et de la criminalité pour mieux échapper aux orbes trahis de sa tendre, douce, et fidèle Moitié. Aussi lorsque son poignet fut saisi, un pli de ridule marqua son faciès et délogea de son éloquent buste un grondement ulcéré : Elle, ici ?! Il n’en fallut pas plus au dieu pour lorgner l’effigie avec répugnance, non pas qu’il exécrait sa vénusté de femme, mais, par le cul de Freyja, qu’il ne pouvait avoir un centième d’accalmie ! Sans conteste exempt d’un iota de regrets, il pesta un soupir froissé et délogea sa pogne de l’étau carcéral. Le geste fut froid. Il fut, à l’image du cœur l'astreignant, d’une roideur effarante. On avait osé déranger ce seigneur des chairs, et tout vaniteux qu’il se supposait être, cela ne lui convenait guère : adultère ou non. L’oiselle, qu’il avait prise dans son filet, battit promptement des ailes grâce au phonème haché de la louve qui lui sommait de prendre le large. « Je vois que mon intérêt est fade à tes yeux comparé aux atours des catins du quartier. » Le mâle réprimé eut un rictus magnanime vers ladite roulure, caressant l’air d’un mouvement contrit. « Elle ne voulait pas dire ça », justifia t-il à la jeunotte, homme bon qui se souciait vraisemblablement plus des émois d’une ribaude que des tourments de sa conjointe. Puis, vrillant la nuque vers Sigyn, le masque félon se tordit d’amertume, une pointe de nonchalance se suspendant à bout de lippes. « Cruelle dame. Tu viens d’anéantir toute la grêle estime que cette pauvre enfant s’accorde depuis le berceau. » Mais comme l’heure n’était point venue d’atermoyer en la question de doigté – du moins celui diplomate –, les lèvres charnues et rubicondes de la déesse reprirent subito, tandis que la fieffée enflure penchait sa chevelure de jais vers la droite, décelant dans l’ombre de l’indignée les saillies martiales d’une Cape d’Or. « Non, à vrai dire, que je passe en second plan reste acceptable. Mais n’as-tu pas pensé, ne serait-ce qu’une seconde, à tes fils ? » Le jötun s’était levé, dardant sur l’Einherjar une armée de surins. « À ce que ton absence signifie pour eux ?La routine. » Voici quelle était sa réponse – malheureusement vraie. Il n’avait jamais été pour ses enfants – pour chacun d’eux – qu’un ersatz de parent, un aquilon musqué par le parfum de l’absence. Vali, encore, suscitant dès sa plus tendre enfance l’intérêt favorisé de son pater, pourrait sa targuer, plus tard, d’avoir entretenu avec son père quelques huis-clos mémorables, mais du reste ; il empruntait aux étrangers tous leurs oripeaux d’indifférence. Un schéma dûment reproduit sur celui qui avait, durant des siècles et des siècles, daigné élever le fils de son ennemi. À présent excessivement proche de la naïade, il ne rompit sa férocité oculaire envers le garde que pour mieux détailler le visage éreinté et maudit gisant en contre-bas. « Je suis accablée par la déception. » Un silence contraignit la glotte du Parjure, et dans ses tympans résonnèrent les cliquetis persifleurs des chaines que traînait son amour ; cette aberration qu’il vomissait de toutes ses tripes, cette fêlure avec laquelle il devait – bien malgré lui – composer. « Je veux bien te croire. Ta déception est l’évangile de notre mariage. » Les mots avaient glissé sur sa langue comme un baiser d’adieu, murmurés de sorte que seuls eux deux, ces damnés entrelacés pour le pire, en soient les témoins. Il l’avait bannie de l’empyrée et l’avait exilée de toute félicité, ce jour où il lui avait ravi sa main. Il s’agissait à la fois de son plus adroit forfait, et de son plus odieux. Ce disant, les doigts masculins cherchèrent les pourtours de leurs jumeaux plus frêles, pendus ainsi contre les hanches, et puis s’y résignèrent. Car il avait mieux à faire, ce myocarde aliéné. Il devait régurgiter son fiel sur cette esquisse de maraud grimée de faste. « Vous pouvez disposer. Dame Sigyn est à présent sous mon égide. » Une assurance, évidemment, fort peu jugée par l’intéressé. Si l’on en croyait la renommée du Farbautison, les Nornes elles-mêmes pouvaient craindre d’avoir comme bienfaiteur le Chaos. Mais peu importait au susdit. Depuis que les manteaux ambrés s’étaient retournés contre sa famille et avaient participé au meurtre de sa fille, Loki nourrissait à leur encontre une malveillance peut-être égale à celle qu’il étayait sur Odin. Bestiale, la haute charpente se mut en lenteur jusqu’à atteindre un étroit face-à-face avec la sentinelle, et, tout enfiellé, les calots taillés à la serpe, sa rocaille ordonna. « Sortez. »

Les minutes avaient flué dans la malséante auberge et les époux pénétraient à présent dans la chambrette louée par le Mage. Il avait tenu à ce que leur querelle – puisque querelle il y aurait – n’ait guère lieu en pleine grand-salle, exhibée aux museaux de ces culs-terreux et autres animaux. Il préférait le confort de son antre qu’il avait bardée d’une poignée de sortilèges – de protection, notamment, histoire qu’une rapière ne vienne pas l'occire en plein sommeil pour lui rafler son bien maigre pécule –, et l’avantage, bien que piètre, d’une certaine intimité, pour que les verbes émis ne tombent pas entre de vilaines oreilles. La porte désormais close avec sècheresse, ce fut une mansarde spartiate et mal éclairée qui enlaça ses convives, servant à leurs narines une forte odeur de renfermé couplée à quelque trouble émanation venant de l’étage inférieur internant les cuisines. « Quelle insanité de te montrer ici. En plus de t’être vainement mise en danger, tu as très certainement endommagée la quiétude de cette soue. La seule qui peut encore m’accueillir sans que l’on ne grommelle mon nom avec effroi ou rancune. » Traversant la pièce, il dépassa la sylphide avec humeur et s’en alla guigner par une simple lucarne ce qui se tramait au-dehors, devant l’établissement. La nuit n’eut pas le loisir de receler en son sein les reflets honnis de l’armure régalienne qui patientait, malgré toute la véhémence du prince, que ressorte son escortée. Désagrément qui fourbit les traits de l’homme d’une ténébreuse grimace. « Acoquinée à ces chiens… » Un rire nauséeux filtra. « Quelle abjecte ironie. » De ses bronches naquit un expiration, du soufre pour repaitre ses démons, et puis il se retourna et alla astiquer sa dextre souillée du cristal licencieux dans une bassine d’étain où reposait une eau médiocrement cristalline. Si tous les péchés étaient si commodes à épurer, Loki n’aurait jamais plus été qu’un bienheureux séraphin. « Je suis rentré il n’y a que peu. » C’était déjà un premier mensonge. Sans lâcher du regard sa besogne, il poursuivit, la parole stérile d’une moindre affection ou repentir. « J’ai souhaité au préalable faire halte ici dans l’élémentaire espoir de me changer les idées. Je te serais revenu dès le lendemain, cela va de soi. » Il ignorait quels racontars son épouse avait bien pu ouïr, aussi était-il périlleux d’arguer de tels propos sans connaître avec précision les armes qu’il pouvait utiliser dans cette bataille. Labeur achevé, il prit un torchon – sûrement une vieille nippe terminant sa vie – et fit volte-face. « Cette fille ne représente rien, tu le sais bien. Guère plus qu’une vétille me récréant et submergeant mes pensées. » Quelques pas avaient été amorcés, prédateur affable ne souhaitant pas que l’agnelle lui échappe. « Je te trouve bonne mine. » Si l’on omettait la rage dans laquelle il la faisait sombrer… Derechef à son proche contact, il hissa ses paluches et vint nicher la rotondité chaude des joues entre ses paumes. Il avait cette manière de faire, ce procédé luciférien, qui faisait de son toucher un sermon de désir. Et il escomptait bien jouer de cela pour tranquilliser les vésanies de Sigyn, quand bien même tout son être hurlait au supplice : caresser le corps de sa femme, c’était caresser la sépulture de son enfant. Nulle passion ne florissait plus pour elle. Une imprécation qu’il avait augurée, et exorcisée au travers de son ostracisme.


un silence s'était fait dans son âme
This life, which had been the tomb of his virtue and of his honour, is but a walking shadow; a poor player, that struts and frets his hour upon the stage, and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing. William Shakespeare.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé


MessageSujet: Re: Quite frankly my dear, I don't give a damn. (sigyn)   

Revenir en haut Aller en bas
 

Quite frankly my dear, I don't give a damn. (sigyn)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Suppression du give
» Attention au give XP
» Happy birthday, my dear ! ♦ Domenico
» Give me a reason to love you | PV Ephyre |
» [Projet de niveau] Omaha Beach .

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
war of the gods :: Neuf royaumes :: Asgard :: les rues :: Tavernes et Commerces-